André Lambotte chef d'orchestre

Muriel de Crayencour
19 novembre 2020

André Lambotte est de retour à la Galerie Faider avec ses dessins sur papier. Les grilles et les hachures découvertes en 2016 font place aujourd'hui à des structures plus virevoltantes et légères. L'exposition est fermée actuellement mais sera prolongée.

Au départ, André Lambotte (Namur, 1943) était musicien de jazz. Tout est là, dans cette activité de jeunesse. Dès 1972, il se dédie aux arts plastiques et entame ce qu’il nommera les Anthropographies, sortes d’écritures automatiques aux signes vaguement anthropomorphes tracés très spontanément à l’encre de Chine en registres superposés telle une page d’écriture. Ces Anthropographies vont évoluer au fil du temps, devenir de plus en plus abstraites, passer de l'encre au crayon graphite puis au crayon de couleur. La succession des traits, leur enchaînement, leur flux sur le papier, vont eux aussi varier. Lambotte dessine une partition de signes, et cette partition fluctue avec le temps qui passe et les événements de la vie. Aujourd'hui, aux cimaises de la galerie, beaucoup de légèreté et de délicatesse dans l'amoncellement des traits en plusieurs couches de plusieurs couleurs. De loin, voilà comme une écriture complexe, discrète et intrigante. De près, chaque marque tracée avec patience tisse une écriture multiple. Un relief se crée, fait de la succession de couleurs, le vert succédant au bleu et précédant le rouge. Couleur au crayon, toujours posée avec douceur, sans appuyer. Le trait est fondu, la teinte juste évoquée. Si l'on regarde le dessin de biais, certaines teintes vibrent et chantent au-dessus des autres.

Ces grands dessins denses et légers à la fois, créés avec acharnement, patience et minutie, vibrent sous la lumière, exhalent une petite musique méditative qu'on peut entendre en restant très attentif devant eux. André Lambotte écrit comme il dessine, et inversement. Et il dessine comme il joue de la musique. La phrase est musicale, les enchaînements de traits aussi. Les notes sont des lettres ou des motifs. Oui, Lambotte peint sur le motif, celui de sa petite musique intérieure. 

André Lambotte
Galerie Faider
12 rue Faider
1060 Bruxelles
L'exposition est actuellement fermée
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.galeriefaider.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.