La lumière des corps dans la nuit

Gilles Bechet
15 octobre 2021

L'Art22 Gallery présente le travail de la photographe Charlotte Mano et ses images qui questionnent la matérialité de la représentation.

En 2020, Charlotte Mano est récompensée du prix HSBC de photographie pour sa série Thank you mum. Dans des images puissantes à la subtile mise en scène, elle accompagne la maladie terminale de sa mère en captant toute l'intimité de leur relation. Ce sont d'autres séries que dévoile l'Art 22 Gallery. On y retrouve toute la singularité d'une artiste qui explore les marges d'expression de la photographie, expérimentant différentes techniques des prises et particularités de l'impression pour faire émerger une expression plus brute.

Dans la série Portraire, elle crée un velouté diaphane en jouant des textures bleutées d'une impression aux pigments sur un papier japon et d'un voile de tulle devant l'objectif. Il s'en dégage un indéfinissable halo de mystère hors du temps qui se renforce quand le modèle est de dos ou le visage caché par un rideau de cheveux. Avec ses Nocturnes, Charlotte Mano s'est souvenue des émotions ressenties lors des jeux de nuit auxquels elle s'adonnait avec ses frères et sœurs autour de la maison familiale. Les animaux furtivement surpris par le rayon d'une lampe de poche devenaient des êtres irréels arrachés à l'obscurité de la nuit. Sur ses images, il y a ce même effet de surprise effrayée quand on est cueilli par une lumière paralysante. Réduits à deux points blancs, les yeux ne reflètent rien d'autre que leur propre vide figé.

La série Vision scotopique s'intéresse à l'apparition des corps dans l'obscurité en l'absence de toute lumière artificielle. Sur un film à très haute sensibilité, elle capte la lumière des photons émise par les corps eux-mêmes. Plus qu'une photo, elle prend l'empreinte d'une présence. Les corps nus qui émergent de l'obscurité épaisse et granuleuse semblent incarner un désir à l'état brut, un désir qui titille directement le nerf optique et notre perception, à défaut de pouvoir s'attacher au toucher. Dans ses quelques tirages uniques à la gomme bichromatée, elle continue à explorer la matérialité de l'impression photographique, où l'image se rapproche du souvenir dans un subtil jeu d'apparition et de disparition.

 

Charlotte Mano
Visions
Art22 Gallery
67 place du Jeu de Balle 
1000 Bruxelles
Jusqu’au 7 novembre 
Du vendredi au dimanche de 10h30 à 16h30
www.art22.gallery

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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