Au pays qui te ressemble !

Muriel de Crayencour
23 mai 2015
Nous sommes nombreux à avoir eu l’occasion, lors d’une visite au Centre Pompidou, de découvrir l’un des artistes lauréats du Prix Marcel Duchamp. Aujourd’hui, l’ensemble de ceux-ci offre à voir une ou plusieurs de leurs œuvres dans une collective à la Centrale for contemporary art, à Bruxelles. Une manière de faire honneur à la scène émergente de nos chers voisins, quelques semaines avant un prix similaire, bien que bien plus vieux (1950), celui de la Jeune Peinture Belge, rebaptisé depuis 2013 Young Belgian Art Prize.

Le Prix Marcel Duchamp est né en France il y a 15 ans, à l’initiative de collectionneurs passionnés, soucieux d’aider les jeunes artistes et de leur donner les moyens de se déployer. Créé en 2000 par l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l'Art Français), il compte aujourd’hui parmi les grands prix internationaux d’art contemporain. Plus d’une soixantaine d’artistes ont été distingués depuis le début, dont 14 lauréats. Les collectionneurs aujourd’hui au nombre de 350, rassemblés au sein de l’ADIAF, y jouent un rôle important. Ce rôle des collectionneurs dans l’art contemporain, de plus en plus important ces dernières années, fera l’objet d’une rencontre le 22 juin à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, coorganisée par la Centrale, le Service culturel de l’Ambassade de France, l’ADIAF et la Jeune Peinture Belge. On réserve !

C’est Alfred Pacquement, président du jury du Prix Duchamp de 2000 à 2013, qui est le commissaire invité. Visitant leur atelier et cherchant à trouver une thématique commune dans leurs pratiques et démarches si diverses, il a réuni les 14 lauréats autour de l’idée du voyage. L’exposition est à voir tant comme un bilan provisoire du Prix Duchamp que comme une possibilité de découvrir et redécouvrir les artistes, tous engagés socialement et voyageurs. Ces deux aspects très actuels de la pratique artistique leur permettent de retracer le paysage contemporain, de réagir aux évolutions politiques et sociales, à l’actualité, de pointer ses excès.

C’est une impressionnante sélection qui est à voir. Tout d’abord au niveau de la diversité des pratiques. Ici de la photo, là une vidéo, plus loin du tissage, des installations… Ainsi Thomas Hirschhorn (1958), avec ses compositions faites de matériaux et objets récupérés, représentant les cinq continents. Ou Mathieu Mercier (1970), dont le travail est protéiforme, comme un triptyque sur canevas ou une sculpture faite d’éléments récupérés dans l’atelier, 3 Axes, 3 Sphères.

Carole Benzaken (1964), qui « fait du cinéma en peinture », s’interroge sur le statut de l’image en la travaillant soit en photo sur caisson lumineux, en peinture, etc. Notons l’immense toile (acrylique sur toile de parachute) qui fait Boum !, de Cyprien Gaillard, ainsi que ses vidéos. Mircea Canto (1977) vit et travaille sur terre, comme il l’écrit : une grande photo, All the directions, présente un autostoppeur brandissant un panneau vide, qui n’indique aucune destination, emblématique de cet artiste nomade. Son tapis tissé en Turquie, Airplane and Angels, vole au-dessus de nos têtes. Mais encore, les néons 1610 IV, de Laurent Grasso, la délicate installation Fantôme, de Latifa Echakhch (1970). Terminons avec la délicieuse Madame de … (l’écorchée), de Philippe Mayeux (1961), complètement surréaliste !
Invitation au voyage
15 ans du Prix Marcel Duchamp
Centrale for contemporary art
44 place Sainte-Catherine
1000 Bruxelles
Jusqu’au 30 août
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
http://www.centrale-art.be/

 

















 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.