Avenue du Roi, une galerie chez soi

Gilles Bechet
17 décembre 2021

Pour Avenue du Roi, Thomas Ghaye a transformé une partie de son appartement en galerie d'intérieur. Pour initier des dialogues entre les artistes. Et partager ses découvertes.

C'est une galerie sans vitrine. Et pour cause, c'est l'appartement de Thomas Ghaye. Avenue du Roi est un lieu habité, comme il le présente, où il monte des expositions de jeunes artistes émergents. Le maître des lieux a un parcours d'étonnant. Simple amateur, il a pris peu à peu conscience, au fil des rencontres et des voyages, que sa vie, ses loisirs et ceux de sa compagne tournaient obsessivement autour de l'art. Prudemment, il commence par une plateforme d'exposition et de vente en ligne dont les choix étaient - et sont toujours - assurés par des curateurs et prescripteurs invités. Il la baptise La peau de l'ours, en hommage à l'association du même nom créée par l'homme d'affaire et collectionneur français André Level en 1904. Dès le début, l'accent est mis sur des jeunes artistes français grâce notamment aux concours d'Elodie Bernard, une des rares curatrices à prospecter la province plutôt que Paris.

Pour briser la barrière numérique, La peau de l'ours organise aussi des événements pop up d'un jour, où le public à un accès direct aux œuvres et aux artistes. « On s'est vite rendu compte que cette débauche d'énergie pour un seul jour d'exposition n'était pas viable. » Séduit par le projet, le Rivoli offre à La peau de l'ours un ancrage physique dans ses galeries. « Ça nous a permis d'avoir davantage de visibilité auprès des collectionneurs et des amateurs. Quand on présente des talents émergents, il est important de disposer d'un lieu pour rencontrer le public. » Entre le digital et le physique, Thomas Ghaye ne choisit pas. « Ce sont deux modèles complémentaires. Le digital est d'abord un outil de vente. Il peut amener à la découverte, mais l'acte d'achat va souvent passer par le physique et la galerie. Les choses se présentent différemment pour un artiste coté, déjà présenté en foire et en galerie. De toute façon, il n'y a pas de modèle unique. »


Etat de suspension

Pour le projet Avenue du Roi, Thomas Ghaye s'est associé avec Elie Schönfeld, galeriste lui aussi et collectionneur. « C'est avant tout un ami, et il a été un de mes premiers acheteurs. L'avoir à mes côtés, c'est bénéficier d'un deuxième point de vue pour prendre de meilleures décisions ensemble. »

Le contexte singulier d'Avenue du Roi, deux larges pièces à vivre prolongées par un coin cuisine et une vue sur la cour, permet d'instaurer un dialogue entre les œuvres, peintures, gravures, dessins qui occupent les murs et les objets qui habitent l'intérieur. « Les artistes représentés à la galerie sont mis en résonance avec des créations où les frontières entre design, art, sculpture, forme et fonction, sont d'une grande porosité. »

Dans l'exposition en cours, les peintures de Dorothée Louise Recker dialoguent avec les céramiques d'Emmanuelle Roule, deux artistes basées à Marseille. La première s'imprégnant des lumières du ciel, la seconde des forces de la terre. A première vue, les peintures de Dorothée Louise Recker peuvent sembler abstraites. Mais ces délicats dégradés sablés sont des paysages de lumière empruntés aux couchers de soleil qui baignent le Sud de la France, où elle vit. La touche détachée et immatérielle, comme en état de suspension, est le résultat de passages successifs à la brosse, où la matière colorée semble s'être dissociée de la main de l'artiste.

Pour Avenue du roi, Emmanuelle Roule a créé une série de huit vases-sculptures, façonnés dans trois terres différentes. Le matériau y apparaît brut, texturé, l'émaillage y est fragmenté, tels des éclats de lumière contrastant avec le mat de la terre. Vases allergiques à l'eau, ce sont des objets poétiques aux fonctions à définir. Tout son œuvre est aussi traversé d'un engagement citoyen et environnemental que l'on retrouve dans les compressions où l'artiste assemble des chutes de terre mises au rebut dans ses workshops avec de la cire et des éclats d'émaux. Vase, bougeoir-totem, ces objets ont encore une histoire à écrire et des intérieurs à conquérir.

 

Avenue du Roi
Dorothée Louise Recker
Emmanuelle Roule
Strate poétique
Jusqu'au 23 décembre
uniquement sur rdvs
www.avenueduroi.com
www.lapeaudelours.net

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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