Balthasar Burkhard, quand l'œuvre s'impose à l'architecture

Maria Vittoria Martino
14 décembre 2019

Le Botanique accueille jusqu’au 2 février 2020 une exposition dédiée au photographe suisse Balthasar Burkhard.


Cette belle rétrospective du travail de Burkhard (Berne, 1944-2010) rassemble une large sélection d’œuvres et retrace la carrière de l'artiste de 1969 à 2009. A travers une scénographie intentionnellement non chronologique, on parcourt les grandes thématiques abordées par l’artiste : les photos sur toile, les corps sculptures, les photographies aériennes, le voyage en Normandie, les portraits animaliers, les ailes de faucon et l’héliogravure. Une section de l’exposition est consacrée aux archives. Des photos y témoignent de la naissance des expositions Happening & Fluxus et de la Documenta 5 à Kassel en 1972 et retracent un moment de l’histoire de l’art contemporain. Cet environnement si riche et fécond dans lequel Burkhard a eu la chance de vivre a sans aucun doute influencé sa photographie. Les réflexions artistiques de cette période sur la relation entre œuvres, architecture et espace d’exposition sont vivantes dans son travail.

La photographie de Burkhard s’impose à l’architecture ; les formats des photos et l’espace d’exposition entrent en résonance et les photographies deviennent elles-mêmes des éléments structuraux de l'espace. L’artiste veut que le spectateur puisse entrer en lien direct avec la photographie et conçoit ses expositions comme des expériences physiques pour le spectateur. Les œuvres de Burkhard sont donc conçues pour être partie intégrante de l’espace, comme des sculptures. C’est dans ce sens qu’au début des années 1980, influencé par l’œuvre de Harald Szeeman, il commence à développer les grands formats.


En 1969, avec Markus Raetz, Burkhard avait déjà commencé une série intitulée Intérieurs. Il s’agissait d’agrandissements grandeur nature sur des sujets du quotidien, imprimés sur toile. Ces premiers grands formats, présents au Botanique, sont le prélude de ce que Burkhard développera à partir des années 1980, pour devenir rapidement une des figures les plus importantes dans cette technique.

L’une de cette série emblématique est Das Knie (Le genou). On remarque ici comment Burkhard représente des jambes d’homme, en grand format, qui deviennent des colonnes ou des pilastres et remplissent ainsi une véritable fonction structurelle. Le corps agrandi devient paysage et acquiert une neutralité. On perd la sensation du corps.

Dans une deuxième série, intitulée Le Corps, Burkhard nous montre comment il peut rendre ce sujet très froid. Si L’Origine, photographie en hommage à Gustave Courbet, est la photographie la plus sexuellement explicite présente dans l’exposition, elle nous confirme encore la distance avec laquelle Burkhard appréhende le corps humain. Ici, toute sensualité est absente.

Sensualité de la nature 

D’autres photos sont beaucoup plus troublantes. L’artiste y montre que l’homme et la nature peuvent être dotés de la même sensualité, comme la série de photographies des escargots (Helix Aspersa) ou celle des orchidées et La Source. La Source est emblématique parce qu’elle représente une autre technique très appréciée par Burkhard : le fait de jouer avec les échelles de grandeur. La Source, tout comme Les Vagues, sont en photo plus grandes que dans la réalité.


L’artiste s’amuse à utiliser cette technique surtout dans la série de portraits animaliers, réalisée en 1997 pour le livre Klick ! (Lars-Müller). On est surpris de noter que tous les animaux ont les mêmes dimensions : l’éléphant est grand comme le lion qui est grand comme le cheval. L’artiste veut donner une vision neutre des animaux : l’animal vu sans son animalité. Une immersion dans l’univers de Balthasar Burkhart de manière naturelle mais en même temps très intense.


La qualité de ses tirages et sa maîtrise du noir et blanc et leurs dégradés sautent immédiatement aux yeux. La volonté de l’artiste est tout à fait respectée parce qu'on ne peut pas s’empêcher de noter l’harmonie recréée entre les photos et l’espace d’exposition qui, au Botanique aussi, entrent en dialogue. On sort de cette exposition enrichi, avec la sensation d’être entré en lien avec l’œuvre de ce photographe et de connaître Burkhard et ses photos depuis toujours.
A ne pas rater !

Balthasar Burkhard
Photographies 1969-2009
Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu'au 2 février
Entrée Libre
www.botanique.be

Maria Vittoria Martino

Journaliste

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