Bernard Gaube, penser et peindre

Muriel de Crayencour
09 mai 2019

Revoilà Bernard Gaube chez Pierre Hallet, après une tentative de collaboration avec la Roberto Polo Gallery, qui a aujourd'hui fermé ses portes. Aux cimaises de la galerie du Sablon, ses peintures, qui sont autant d'interrogations sur le fait de peindre.

Bernard Gaube (1952, vit à Bruxelles) a écrit longuement sur sa pratique d'artiste. Sous le titre L'exercice d'une peinture, il a publié dès 2003 différents ouvrages sur ce sujet. Nous avions beaucoup aimé l'exposition en duo avec Benoît Félix en 2016 au Botanique. Autodidacte, Gaube entre en peinture comme on entre par une porte dérobée dans un monde que personne ne nous a jamais expliqué. Aujourd'hui, ce peintre compulsif n'est plus à confirmer, mais de cette entrée, il a gardé une intense liberté dans sa pratique.

C'est bien ce qui est à voir aujourd'hui chez Pierre Hallet, une folle liberté à produire des images. "Je peins pour comprendre ce que je fais", nous disait-il en 2016. Portant nos yeux sur chacune de ses œuvres, quatre grands formats somptueux et de nombreuses petites toiles, nous avons la sensation que l'artiste réfléchit par sa peinture. Son pinceau semble suivre le cours de sa pensée. Il y a de multiples plans, des images qui se répondent, des formes qui s'imbriquent. Il y a des propositions, des contradictions, des revirements. Quête et enquête. Il faut regarder longuement pour entrer comme à petits pas dans l'image.

Si, à Art Brussels, nous avons noté un retour confirmé de la peinture, cet artiste, comme quelques autres, n'a jamais dérogé à son rendez-vous avec lui-même dans l'atelier. Voyez Robinson, un personnage brièvement suggéré à la bombe, accompagné d'un ou deux chiens, qui surgit d'une végétation luxuriante, feuillage vert vif et frais qui fait comme un nid autour de lui. Voyez Adam et Eve, masqués par de larges bandes blanches, puis encadrés d'un trait rouge qui fait le tour de la toile. Qu'il soit descriptif ou abstrait, Bernard Gaube cherche en permanence comment construire quelque chose hors de toute structure. Il n'a pas de plan et, pourtant, chaque peinture semble violemment habitée. Peindre est un cheminement qui semble ne jamais s'arrêter. Et peindre est aussi, mais ne le dites à personne, une jouissance lente et continue.

 

Bernard Gaube
Galerie Pierre Hallet
Rue Ernest Allard 33

1000 Bruxelles (Sablon)
Jusqu’au 25 mai
Du mardi au vendredi de 14h30 à 18h30
Samedi de 11h30 à 18h30, dimanche de 12h à 17h
http://www.galeriepierrehallet.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.