Bernard Villers, jeux de couleurs

Muriel de Crayencour
16 février 2020

Bernard Villers (1939, Bruxelles) nous avait enchantés en 2018 avec son exposition au Botanique. Son travail sur la couleur s'expose aujourd'hui chez Irène Laub Gallery. On y voit sa production récente d'œuvres sur papier et sur bois, ainsi que sur objets trouvés. 

Dans la vitrine, cinq grands papiers pliés sur lesquels Villers a tracé une ligne noire continue avec un large pinceau. La main fut parfois légère, parfois appuyée. Ensuite, les papiers furent dépliés. Ce dernier geste fait naître un dessin neuf, ludique, pourtant né d'un trait précis. Le noir danse, les traces de plis l'accompagnent. Du geste à l‘idée, à moins que ce ne soit le contraire, Bernard Villers fait du processus de travail l’œuvre même, sans esbroufe, en donnant de la valeur à ce qui se passe effectivement.

Dans la galerie, la série Coups de scie utilise de fines plaques de bois qui sont sciées en leur milieu, dans la diagonale, marquant la surface peinte aux pigments d'un trait, un vide. A la fin de cette fine fente, il suffit de placer un seul clou, pour fixer l'œuvre au mur. La couleur, délicate et pure, accrochée au mur sans autre forme de procès. Et sans autre message que la force de sa beauté.

Mais encore, qui ne connaît pas ces petits emballages pour fromage, en fines lamelles de bois, qui forment un carré traversé d'une croix ? Villers les a retournés et en a peint l'arrière d'une couleur unie. Une croix apparaît, signe graphique d'une intense simplicité. Il s'agit de peinture et de couleur plutôt que de sculpture. Le support en volume permettant des jeux subtils d'ombres avec la lumière. 

Le titre de l'exposition, Through, nous raconte comme l'artiste nous invite une fois de plus à un voyage dans de vastes champs peu explorés de la couleur et de son pouvoir. Il ne s'agit pas d'objets - même si l'œuvre d'art est toujours un objet. Il ne s'agit pas de traits, ni de textures, ni de supports, il s'agit de la couleur, que Bernard Villers étale à la tempera (pigments purs) en une matière mate qui irradie par et pour elle-même, sans autre motif. C'est à voir.

Bernard Villers
Through
Irène Laub Gallery
29 rue Van Eyck
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 février
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.irenelaubgallery.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.