Les corps du désir

Oriane Thomasson
09 décembre 2021

La Montoro12 Gallery  présente les œuvres de sept artistes faisant partie de son programme de résidence. Tous travaillent à leur manière le territoire du corps, aussi bien dans sa dimension architecturale qu’imaginaire, interface entre le rêve et le réel, lieu de désir, mais aussi de souffrance et de répression.

Au rez-de-chaussée, le spectateur est d’emblée confronté aux formes de l’oppression sur le corps. La sculpture Kettling de Sreshta Rit Premnath - dont le titre se réfère à une tactique policière d’encerclement - est constituée de barres métalliques enfermant des plaques de mousse. Sous la pression, celles-ci se plient curieusement à la manière de corps humains, traduisant ainsi sa fragilité, mais aussi sa capacité à se modifier pour absorber un choc, celui de la répression des forces policières sur les foules.

Un peu plus loin, l’œuvre d’Ana Dias Batista Three-headed hound, constituée de trois roches volcaniques, issues de l’Etna, du Stromboli et du Vésuve. Mais le sont-elles vraiment ? Outre le doute que laisse planer l’artiste, celle-ci réalise une intervention sur chacune - dont la simplicité n’enlève rien à la puissance sémantique - en réalisant une coupe à 120°, qui permet d’assembler les trois roches en une seule. L’artiste dissèque ainsi les couches signifiantes que nous apposons aux choses et qui constituent leur corporéité.

Paula Baeza Pailamilla développe des performances à partir de sa propre identité Mapuche. Son travail Wüfko, présenté à la galerie, comprend une vidéo ainsi que deux photographies où l’artiste explore la force des rêves et leur empreinte sur le réel. Dans la vidéo Wüfko, une femme nous raconte son rêve, où elle participe à une sorte de “classe” de masturbation entre femmes. Par la suite, lors d’une promenade en forêt, celle-ci reconnaîtra à la jonction de deux troncs d’arbres la forme exacte d’un sexe féminin vu dans son rêve...

A l’étage, on retrouve les sculptures aux courbes sensuelles (Dormente) de Lucas Simões, qui est également intervenu in situ, travaillant au corps le lieu de l’exposition. Revenant aux origines de l’architecture, l’artiste cherche à retrouver l’esquisse dans le corps même du bâtiment. Une coulée de sel, des morsures en feuilles d’or, une ligne rouge comme un coup de pinceau sont les traces subtiles de la poétique architecturale mise en place par l’artiste.

Le spectateur fait ensuite l’expérience de l’équilibre précaire de l’installation For the Parcae and for Edi, l'une des œuvres de Carla Guagliardi, tout en tension et en sensibilité. Un récipient de verre rempli d’eau est suspendu en l’air par trois fils, acier, cuivre et coton. Chaque fil a un rôle bien précis. Celui en acier maintient le récipient en l’air, le cuivre donne l’équilibre, et celui en coton ne sert à rien ou presque, puisqu’en réalité il s’imprègne d’eau et en laisse échapper une infime goutte chaque jour, comme une larme qui s’écoule.

Le rapport au corps de João Loureiro se traduit subtilement par une réflexion sur l’incarnation du mal dans la forme. I Diavolo d’Oro est le moulage en or d’un diable de 4 cm, dont la finesse évoque la préciosité du bijou. Tout comme le diable, lorsque cette sculpture voyage, elle se métamorphose, l’or est fondu puis moulé à nouveau pour prendre la forme d’une mouche.

Enfin, les œuvres d’Ištvan Išt Huzjan suscitent la question du désir, et de son entrelacement profond avec la nature. Miraggi di Gesta Eterne, est le fruit d’un travail photographique, réalisé avec la performeuse Tina Javornik. Les deux artistes se sont photographiés mutuellement, avec la nature comme arrière-plan. Sans se toucher, les deux corps nus se superposent dans une surimpression, dont l’érotisme est ainsi subtilement convoqué.

Le curateur, Tiago d'Abreu Pinto, est l’auteur d’un très beau texte accompagnant l’exposition. Celui-ci nous introduit dans une fiction donnant la parole aux artistes sur leur travail.

Avec les artistes : Ana Dias Batista (1978, São Paulo, Brésil), Carla Guagliardi (1956, Rio de Janeiro, Brésil), Ištvan Išt Huzjan (1981, Ljubljana, Slovénie), João Loureiro (1972, São Paulo, Brésil), Paula Baeza Pailamilla (1988, Santiago, Chili), Sreshta Rit Premnath (1979, Bangalore, Inde) et Lucas Simões (1980, São Paulo, Brésil).

 

Bodies of Desire
Montoro12 Gallery 
316 avenue Van Volxem 
1190 Bruxelles
Jusqu'au 15 Janvier 2022
Du mercredi au samedi de 14h00 à 18h30
www.m12gallery.com

Oriane Thomasson

Journaliste

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