Bruxelles pluriverselle

Gilles Bechet
05 mai 2021

Dans cette exposition mille-feuille, La Centrale, place Sainte-Catherine, offre un portrait artistique et participatif de Bruxelles transformée par ses habitants.


Qu'est-ce qui fait art, avec quoi fait-on de l'art ? Avec la vie des gens et de la ville, répond BXL UNIVERSEL, deuxième du nom, qui est une dynamique autant qu'une exposition. Fin 2016, quelques mois après les attentats du 22 mars, s'ouvrait le premier volet de ce triptyque autour de la ville du Manneken Pis et de l'Atomium. Culture populaire et création contemporaine se renvoyaient la balle pour un portrait cosmopolite détonnant de la ville. Cinq ans plus tard, le second volet voit le jour, en pleine pandémie, avec la volonté de renforcer le vivre-ensemble par le dialogue et les échanges. C'est ainsi que de nombreux projets incluent la participation ou les témoignages d'habitants de Bruxelles à travers des associations partenaires.


Le dedans et le dehors

Dans son volet exposition, BXL UNIVERSEL n'est pas immédiate, elle invite à la flânerie et à laisser traîner son regard et ses oreilles comme si on venait à la rencontre de ses habitants.

L'œuvre qui s'impose dans l'espace dès qu'on y entre, c'est l'arbre à palabres, de Stephan Goldrajch. Un mastodonte qui tend ses branches et lianes de tricot presque jusqu'au plafond. Pour façonner cet imposant végétal de laine, l'artiste a assemblé des morceaux de crochets et de tricots réalisés à la maison par des habitants et associations bruxelloises. On peut y voir sans peine la métaphore colorée de ces liens tissés et à tisser entre plasticiens et grand public, entre art contemporain et culture populaire, entre le dedans et le dehors.

Les bras et les mains qui semblent sortis du mur sont ceux qui ont été sculptés par Anna Raimondo. Ils captent un moment du vocabulaire gestuel des témoins rassemblés par l'artiste italienne dans le cadre de son projet Q(ee)R Codes. Cette balade interactive nous invite à redécouvrir Bruxelles à travers les récits de personnes qui ont vécu des expériences particulières en s'identifiant femmes, queers ou trans non binaires dans l’espace public.


La porte imaginaire

Avec son improbable projet Sirens, Younes Baba-Ali s'interroge sur la place de la sirène de police dans le paysage sonore de la ville. D'abord avec un facétieux duo qui déambule en rue en imitant le ululement policier pour aussitôt désamorcer les réactions du public. Ensuite avec une vraie voiture de police qui traverse les quartiers à faible allure en diffusant des blagues sur les flics racontées dans une dizaine des langues qui épicent le stoemp culturel bruxellois. En attendant sa concrétisation finale, on peut voir dans une vidéo un policier polyglotte, tout en tatouages, entraîner sa diction en demandant à ses correspondants de corriger sa prononciation.

L'Algérien Oussama Tabti présente Parlophones, une œuvre simple et percutante. 7 sonnettes, bricolées et bardées de scotch comme on en trouve dans les rues des quartiers populaires, permettent d'entendre le récit de Manuel, fils d'un réfugié espagnol, de Mahmoud, un jeune Palestinien, ou d'Eunice, une jeune femme originaire d'Argentine. Installé à Bruxelles depuis 15 ans, le couple d'artistes israéliens Effi et Amir a décidé de confier l'espace du Centrale.lab, de l'autre côté de la place, à un groupe de nouveaux arrivants pour un projet ouvert autour de la porte imaginaire qui sépare toujours l'origine de l'arrivée.

Tous les artistes n'ont pas joué la carte participative. Aleksandra Chaushova interroge notre rapport avec l'administration dans ses grands dessins de tampons administratifs démesurément agrandis, apparaissant comme de menaçants robots sortis d'un film de science-fiction des années 1930. L'installation de Sabrina Montiel-Soto est une réflexion sur la transformation de la culture et par la culture. Dans un assemblage poétique d'objets trouvés et d'éléments végétaux et minéraux, elle construit une délicate architecture de l'esprit. La Néerlandaise Hadassah Emmerich referme le parcours avec une fresque murale immersive qui s'étale sur trois pans de mur. Inspirée par le batik indonésien, le pop art et l'Art déco, elle les fusionne dans une fresque murale qui est une ode vibrante de couleurs aux corps féminins et à l'éternel retour du printemps.

 

BXL UNIVERSEL II
multipli.city
Centrale for Contemporary Art
Place Sainte-Catherine 44
1000 Bruxelles
Jusqu’au 12 septembre 
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
www.centrale.brussels

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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