Carl De Keyzer, avant le désastre

Muriel de Crayencour
15 mars 2017

Carl De Keyzer avait montré ses photographies de Cuba à la Roberto Polo Gallery en 2016. Aujourd'hui, il expose deux séries, Higher Ground et Moments before the Flood au Botanique. Une occasion de découvrir les propositions narratives de cet artiste qui s'intéresse aux instants avant le désastre, reprises dans deux livres édités chez Lannoo.

Membre de l’agence Magnum depuis 1994, De Keyzer se distingue par la profondeur de ses reportages, souvent de longue haleine, et par la multiplicité de ses approches. Pour Moments before the Flood, Carl De Keyzer a sillonné pendant quatre ans près de 120.000 km de côtes européennes. Dans cette immense entreprise, il capture ce qui pourrait être les dernières images d’un littoral guetté par la disparition. Bien plus qu’une récolte d’archives, Carl De Keyzer s’est employé à rendre palpable la tension contenue dans l’attente, comme s’il s’agissait en effet des ultimes instants de paix avant le déluge.

Higher Ground poursuit encore plus avant le scénario apocalyptique. On y découvre, dans des images presque cinématographiques, la vie des quelques chanceux qui auraient échappé à l'immense inondation des terres due au réchauffement climatique - dans un futur proche ou fantasmé - et auraient trouvé refuge dans les hauteurs des sommets en Europe. En prenant en photo des touristes alpins d'aujourd'hui, dans un cadrage souvent décalé, il raconte une histoire sous-jacente qui sourdre comme une musique intensément dramatique. Immenses cimes et silhouettes humaines minuscules accroissent la tension dramatique voulue par Carl De Keyzer. Le livre éponyme vient de sortir de presse chez Lannoo, pendant évident à Moments before the Flood publié en 2012.

L'exposition est à voir au Botanique jusqu'au 30 avril. www.botanique.be

 

Higher Ground | Carl De Keyzer | Lannoo | 33 x 33 cm | 240 pages | 60 € | www.lannoo.be

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.