Carpe Diem

Vincent Baudoux
28 mars 2019

Dès que l’occasion s’en présente, Cost., d’origine russe mais épousant la culture latine, vivant en Belgique, participe aux concours internationaux. Pour, le plus souvent, s’y voir attribuer le premier prix. On peut donc qualifier d’exceptionnelle l’exposition présentée actuellement chez Seed Factory — d’autant que les occasions de contempler les originaux sont rares, la présentation actuelle étant la seconde en treize ans à Bruxelles.

Cost. serait comme un Magritte apatride égaré au XXIe siècle, confronté aux moments difficiles ou comiques du monde contemporain. Il en voit le côté à la fois tragique et absurde, sombre et lumineux. Il travaille là où on ne l’attend pas,. En excellent joueur d’échecs, Cost. livre des coups inattendus, patiemment étudiés, il n’aime rien d’autre que la diagonale du fou, se faire cavalier des couleurs, avec une tour d’ironie pour la reine des quêtes, et se montrer roi de son univers sans être un pion du système. Voilà pourquoi ces images pourtant insolentes sont à l’aise dans le monde de l’art aussi bien que dans celui du cartoon, du dessin de presse, de l’illustration au sens large, voire du portrait décalé. Une production souple, qui s’adapte à plusieurs registres. D’où le titre de l’exposition, Carpe Diem : « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain. »

Tout est y réalisé à la main, à l’ancienne, en une maîtrise technique devenue trop rare, avec des matériaux de premier choix, papiers, pastels, ce qui en dit long sur le désir de perfection jusqu'au moindre détail. Il en ressort une lumière singulière, insolite, aussi efficace en noir et blanc que dans les œuvres en couleurs. Contrastes et douceurs. Pas d’ordinateur donc, pas d’écran lisse, mais un grain et un velouté pareil à celui d’une peau, avec sa tessiture, chaude, caressée par l’œil… qui en frémit.

Carpe Diem, exposition Cost.
Seed Factory
19, avenue des Volontaires

1160 Bruxelles
Jusqu'au 15 juin 
Du lundi à vendredi de 10h à 17 h
www.seedfactory.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Baudoux

Journaliste

Retraité en 2011, mais pas trop. Quand le jeune étudiant passe la porte des Instituts Saint-Luc de Bruxelles en 1961, il ne se doute pas qu'il y restera jusqu'à la retraite. Entre-temps, il est chargé d’un cours de philosophie de l’art et devient responsable des cours préparatoires. Il est l’un des fondateurs de l'Ecole de Recherches graphiques (Erg) où il a dirigé la Communication visuelle. A été le correspondant bruxellois d’Angoulême, puis fondateur de 64_page, revue de récits graphiques. Commissaire d’expositions pour Seed Factory, et une des chevilles ouvrières du Press Cartoon Belgium.