Chez PULS, la céramique se la joue organique

Mélanie Huchet
20 février 2020

La Puls Contemporary Ceramics fête ses 20 ans ! Annette Sloth expose les créations d’Anima Roos, Zaratea Gården Hurtig et Kiyoshi Kaneshiro, trois artistes de génération et de culture distinctes, aux travaux - bien que très différents - liés par un univers organique à l’esthétisme sophistiqué.

Volcanique

D’Anima Roos, on connaît ces fameux bols translucides en porcelaine aux formes parfaitement tournées et décorées de dessins influencés de diverses cultures. Transparence, ombre et équilibre sont ses maîtres-mots. Tout y est si fin et délicat que la porcelaine ressemble de plus en plus à du papier. Née au Zaïre en 1956, l’artiste belge, exposée dans les plus grands musées du monde, a tout au long de son parcours évolué mais avec toujours, insiste-t-elle, "une signature Anima reconnaissable". Quel étonnement de découvrir cette série qui ne ressemble en rien au travail de notre céramiste ! On y voit des sculptures-courbes à la véritable prouesse d’équilibriste. La porcelaine est y coupée en différentes formes collées les unes aux autres, le tout recouvert d’un glaçage noir craquelé. Les mouvements croissent et décroissent, la matière y est rugueuse, érodée, fêlée. Un travail à l’aura volcanique, comme un second souffle qu’elle ne sait pas expliquer : "Est-ce l’effet de l’âge ou de mon installation dans un nouvel atelier ?" Un vrai mystère empreint de poésie. 

Faune marine

Sur les murs, l’on découvre le projet de fin d’études de la Norvégienne Zaratea Gården Hurtig (1990). Toutes en porcelaine, ses créations semblent en corrélation avec le thème de la mer. Ce n’est ni l’artiste ni la galeriste qui l’affirme, juste une étrange impression. Dans ce travail singulier et abstrait, la liberté d’interprétation semble permise. Ainsi, en observant un par un ces formes, plus ou moins rectangulaires, la faune marine nous apparaît clairement avec trois de ses œuvres : deux ressemblant à des coraux par la tonalité orangée et les mouvements serpentins, la troisième rappelant des oursins de mer par ces pics argentés ressortant à l’horizontal. Plus loin, une autre, grise et rocailleuse, pourrait être un galet plat gigantesque. Enfin, la plus étrange et la plus captivante, d'un noir enrobant totalement toute la porcelaine. Un luisant et puissant noir qui met en relief des lignes-vagues, des lignes-algues, qui pourraient évoquer la catastrophe des marées noires. 

Malabar

Enfin, l'Américano-Japonais Kiyoshi Kaneshiro, âgé d’à peine 24 ans, nous en met plein les yeux avec ses pots craquelés, fissurés et dégoulinants, composés d’argile et de glaçage. Textures dures et molles, spongieuses et rigides se confrontent dans deux séries de couleurs binaires : l’une en rose et jaune, l’autre entre noir et rouge. Le peps de la première série rappelle la couleur des chewing-gums Malabar, des meringues ou ces sucettes de l'enfance qui éclataient de mille frétillements sur notre langue. La déconstruction, bien que très harmonieuse et travaillée, semble tout de même étrange quand on connaît le respect de la tradition japonaise pour la céramique. Si son travail peut paraître provocant pour son pays d’origine, l’artiste ne souhaite absolument pas offenser son public, bien au contraire ! Ses délicieuses créations sont le résultat d’une grande concentration, d’une connaissance infaillible du matériau et d’une exploration minutieuse de la technique, le tout dans une patience exemplaire. Une véritable révélation. 

Annette Sloth confirme plus que jamais son regard affûté et ce don naturel pour dénicher les talents de demain. En faisant, comme toujours, preuve d’une extraordinaire ouverture d’esprit, elle combine le travail - sans complexe ! - d'artistes réputés internationalement et d'étudiants. L’experte ose le tout dans une totale osmose. Un régal pour les yeux. Courez-y !


Anima Roos, Kiyoshi Kaneshiro et Zaratea Gården Hurtig
Puls Contemporary Ceramics
19 rue du Page
1050 Bruxelles
Jusqu’au 21 mars
Du mercredi au samedi de 13h à 18h
https://www.pulsceramics.com

Mélanie Huchet

Journaliste

Diplômée en Histoire de l’Art à la Sorbonne, cette spécialiste de l’art contemporain a été la collaboratrice régulière des hebdomadaires Marianne Belgique et M-Belgique, ainsi que du magazine flamand H art. Plus portée sur l’artiste en tant qu’humain plutôt qu’objet de spéculation financière, Mélanie Huchet avoue une inclination pour les jeunes artistes aux talents incontestables mais dont le carnet d’adresse ne suit pas. De par ses origines iraniennes, elle garde un œil attentif vers la scène contemporaine orientale qui, bien qu’elle ait conquis de riches collectionneurs, n’a pas encore trouvé sa place aux yeux du grand public.