Chris Dorland, cœur sombre

Muriel de Crayencour
28 mars 2019

C'est la deuxième exposition de l'artiste new-yorkais Chris Doland chez Super Dakota. On peut y voir des œuvres sur panneaux, deux vidéos, une grande peinture. L'ensemble est mis en valeur dans une grande installation structurée par des montants en métal qui semblent installer des débuts de cloisons. A voir jusqu'au 13 avril.

Chris Dorland (1978, Montréal), vit et travaille à New York City. Son travail est présent dans les collections de plusieurs grands musées américains. C'est le lien et les interactions entre le corps et la technologie qui passionnent cet artiste. A partir d'images trouvées ou filmées, l'artiste crée des images patchwork aux couleurs intenses. On y voit des morceaux d'architecture, des visages, des vues du ciel. Sur deux écrans juxtaposés, des paysages, des passants, des images sorties de la télévision... Faisant le lien entre les deux écrans, une forme mouvante, sorte de magma bouillonnant, battant, frémissant, pétillant, installé pour moitié sur chacun des écran. Nous sommes dans un jeu vidéo ou dans un cauchemar. Les images assaillent l'œil, ne lui laisse aucun repos. Ça pulse, ça bat, ça sidère. On s'y perd. Le rêve éveillé semble transmettre l'idée que l'humain a été avalé par la technologie, qu'il ne reste que des gratte-ciel et des systèmes électroniques, du noir, des couleurs saturées. Si certains éléments sont reconnus, d'autres sèment le trouble et une grande sensation de confusion s'installe. Dans cette mécanique parfaitement assumée par l'artiste, une esthétique émerge, puissante et violente. Chris Dorland a sorti de sa tête et des nôtres les images de nos pires cauchemars.

Si l'angoisse d'un monde à la Orwell peut être mise en images comme ceci, vu, regardé, ressenti et donc ensuite mis à distance, alors la mission de l'artiste est réussie. Il nous a fait voir ce qui nous entoure et que nous ne voyons plus. Il nous a donc rendu un peu plus humains et par là même empathiques. Etonnant, non ?

 

Chris Dorland
Synthetic Skin
Super Dakota
45 rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu'au 13 avril
Du mardi au samedi de 11H à 18h
www.superdakota.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.