Cinq artistes déconstruisent le réel

Gilles Bechet
14 janvier 2021

Au Rivoli Building, la Schönfeld Gallery propose de nous faire découvrir le regard oblique de cinq artistes contemporains qui vivent et travaillent à Tel Aviv.

Collectionneur passionné et éclectique, Elie Schönfeld a ouvert la galerie Artelli à Anvers en 2015, un mix de cabinet de curiosités provenant de sa collection personnelle et d'expos des artistes qu'il représente. En 2018, il s'installe dans le building Rivoli où aujourd'hui, il a choisi de montrer le travail de cinq artistes qui vivent et travaillent à Tel-Aviv. Des artistes sans liens particuliers si ce n'est les choix du curateur et peut-être un regard oblique et tangent sur notre environnement quotidien et sur nos certitudes.

Liat Elbling joue avec l'illusion de la photographie pour manipuler le réel. Au départ de volumes géométriques qu'elle façonne puis photographie en studio, elle manie les volumes, les ombres et la lumière pour créer des tableaux en trompe-l'oeil. Dans une autre série, elle a photographié des paysages et des ensembles architecturaux desquels elle gomme digitalement des éléments pour en faire des structures impossibles.
Au départ des petites compositions de Rami Maymon, il y a un petit catalogue édité dans les années 70 par le Mishkan Museum of Art, musée crée dans un kibboutz pour mettre en valeur le travail des artistes juifs de la Diaspora. Maymon intervient sur les pages jaunies du fascicule par un travail de peinture et de collage, masquant les œuvres reproduites sous un jeu de transparences colorées.

Daniel Oksenberg, le plus jeune du lot, mixe l'huile, l'acrylique et le crayon dans des toiles spontanées et colorées. Au départ d'objets et de paysages de la vie quotidienne, il transforme des expériences personnelles en des images où le réel oscille entre le signe et l'abstraction.
Shlomit Goldfinger s'intéresse aux traces du réel qu'elle puise dans un matériau personnel, de lettres, journaux intimes et photos. Elle crée sur des supports et avec des médiums divers de délicats palimpsestes qui se répètent et s'effacent comme filtrés par le kaléidoscope des souvenirs.

Pour découvrir le travail d'Alon Bonder, il convient de passer de l'autre côté dans l'espace bar qui, pandémie oblige, a vidé son frigo et débranché la machine à expresso. Sur les petites tables, Ronit Baranga nous invite à prendre le thé dans son étrange service échappé d'un monde parallèle, même si pour s'asseoir et consommer, il nous faudra encore attendre le retour des jours plus conviviaux. Graphiste de formation, Bonder propose une série de sérigraphies monochromes sur des carreaux en céramique. Notre quotidien se voit décodé en un rébus de signes, de formes et d'objets qui évoquent de manière oblique des thèmes contemporains tels que l'esclavage, la religion ou notre relation avec la nature.

Reconstructed deconstruction
Israëli artists curated by Elie Schönfeld
Schönfeld Gallery
Rivoli Building
Chaussée de Waterloo 690
1180 Bruxelles
Jusqu’au 27 février
Du vendredi et samedi de 14h à 18h
www.schonfeldgallery.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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