Les rêves précurseurs d'Eduardo Paolozzi

Gilles Bechet
20 février 2020

Clearing présente les collages et les sculptures métalliques d'Eduardo Paolozzi, artiste anglais à la charnière du cubisme et du pop art.

Eduardo Paolozzi est désormais considéré comme un précurseur du pop art. Les collages colorés de l’artiste anglais qui convoquent des pin-up, des stars de cinéma et des images tirées de films de science-fiction ou de magazines de vulgarisation scientifique comme Popular Mechanics semblent témoigner d’une fascination pour la culture populaire et la technologie. Dans la série Universal Electronic Vacuum, il joue des effets d’optique et de la répétition, pixellisant la silhouette de Mickey ou passant le visage de Jayne Mansfield au tamis d’un circuit imprimé. L’artiste, qui se voyait comme un surréaliste, aimait jouer avec les images de son temps pour titiller le subconscient du spectateur. L’étrange musique que l’on entend résonner dans l’espace de la galerie est la bande son de la vidéo où défilent des images d’anciennes gravures d’architecture, d’expérimentations scientifiques ou de rares personnages masqués comme dans un hypnotique vertige dystopique.

Dans le miroir de la consommation et de l’abondance, Paolozzi capte aussi une sourde peur de l’annihilation de notre société des œuvres des mauvais sorciers d’une technologie dévoyée. Aux côtés des quatre séries de prints, l’exposition rassemble aussi une série de sculptures métalliques qui témoignent d’une autre facette de cet artiste perméable aux mutations de la société occidentale qui bascula du blême après-guerre dans le vertige coloré des sixties. Dans celles-ci, il procédait du même esprit de collage avec des éléments métalliques préfabriqués qu’il soude en utilisant les techniques d’assemblage industriel.

Dans un esprit pop et ludique, il répondit aux sollicitations de Terence Conran, patron d’Habitat, pour concevoir des éléments de plaine de jeu qui ont été installés devant un de ses magasins. On les retrouve ici rendus à l’art dans leur nudité métallique. Une autre série dresse des personnages plus cartoonesques faits d’assemblages de formes cubistes qui semblent sortis d’une boîte de construction. Observateur perplexe, plutôt que prophète de malheurs, Eduardo Paolozzi était d’abord le témoin d’une époque désormais révolue et assurément un artiste à redécouvrir.

Eduardo Paolozzi
The Metallization Of A Dream
Clearing
311 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 14 mars
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.c-l-e-a-r-i-n-g.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.