La curiosité est un très beau défaut

Muriel de Crayencour
06 octobre 2019

Chez GNF Gallery, à Bruxelles, deux peintres belges qu'on a pu voir cet été à l'Orangerie de Bastogne. Charlotte Marchand et Thierry Grootaers exposent ensemble jusqu'au 19 octobre.

Le titre de l'exposition, Curiosity killed the cat, est une expression anglaise qui sous-entend que trop de curiosité est néfaste. La galeriste Nadine Féron dit : "Il existe cependant une autre manière de voir les choses: la curiosité comme force d'invention, comme élan à comprendre les choses qui se dérobe à nous, et à créer de nouveaux entendements." C'est à quoi s'attellent les deux artistes, pour qui la peinture est le lieu d'une exploration sans frein de la représentation des choses, de l'objet qui devient motif - à entendre aussi au sens figuré. Car la peinture est pour eux le motif, la raison d'une perpétuelle curiosité. Comment représente-t-on aujourd'hui  le réel et tous les éléments qui le compose. Emmanuel Van der Auwera nous a donné une  solution avec sa spectaculaire installation vidéo à voir actuellement au Botanique.

Thierry Grootaers (1974, Bilzen, Belgique) utilise un médium certes traditionnel, et pourtant, il nous montre lui aussi un monde sans dessus dessous, où les objets représentés viennent de contextes différents et se mêlent sur la toile en un ensemble ébouriffant. Voyez cette grande toile montrant une maquette ouverte de maison à deux étages. Est-ce une maison de poupées, une image d'architecte, une vraie maison ? Ou cette autre présentant un intérieur à moitié masqué d'un panneau ou d'un rideau gris, qui divise l'image en deux. Un personnage s'y abrite sous un abat-jour qui pourrait être un parasol. A droite, des cadres sur le mur, des œuvres dans l'œuvre, surplombant un fauteuil juste esquissé. Le sol est vert. Sommes-nous dans un jardin ou à l'intérieur ? Et ce personnage, est-il bien vivant ou juste une silhouette plate glissée sous le rideau ? Beaucoup de maisons dans les peintures de Grootaers. Formes reprises mais toutes différentes, parfois aussi petites qu'un nichoir pour oiseau, parfois structurant l'entièreté de la toile. Des intérieurs aussi. Et peu de personnages. Sur la cheminée de la galerie, deux silhouettes de femmes en carton découpé sont posées, hors des toiles, donc. 

Charlotte Marchand (1968, Toulon, France) file plus vers l'abstraction. Le jeu entre les différents plans est intense, parfois l'arrière-fond monte au créneau, parfois des motifs jetés d'une brosse vive relèguent à l'arrière de vaste aplats de couleur vive. Formes souples, arrondies, comme des lacs, se confrontant à d'autres strictement rectilignes. La couleur est chez Marchand le motif de la peinture. C'est elle qui guide la composition, en dehors de toute représentation du réel. Ce va-et-vient entre les différents plans fait comme une scène mouvante, celle d'un théâtre où les décors se chevauchent, s'inter pénètrent et font perdre au spectateur la notion d'espace et de ligne d'horizon. L'œil ne glisse pas sur une surface mais entre dans un labyrinthe où il fait bon se perdre.

Charlotte Marchand, Thierry Grootaers
The curiosity killed the cat
GNF Gallery
30 rue saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu'au 19 octobre
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://gnfgallery.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.