De corps à corps chez Husk Gallery

Gilles Bechet
02 décembre 2021

La Husk Galley rassemble le travail d'Ulrike Bolenz et Inge H. Schmidt, deux artistes allemandes qui se rejoignent dans la liberté avec laquelle elles abordent la figuration humaine.

Il n'est pas au centre de la toile mais on est happé par ce regard perçant et scrutateur qui transperce un visage désespérément allongé. Un cou plus loin, il y a ce corps aux chairs bleuies affaissées par l'âge. Le fond chaotique se partage entre des éclats d'un rouge lumineux et des couleurs sombres d'où émergent des croquis nerveux. Dans Lost in the Night, Inge Schmidt a laissé surgir cet autoportrait sans concession d'une nuit d'insomnie. Dans une autre toile, The Expulsion from Paradise, des corps que semble départager une autruche sont en lutte pour exister sur la toile comme hors du paradis. L'urgence des traits de pinceau, brusques et virevoltants, crée une tension picturale. Dans The Hug, le baiser n'est pas loin de la lutte, entre enlacement et étouffement, de deux corps qui ont perdu la tête. Dans un très beau portrait, la tension est à nouveau dans l'intensité du regard de ce visage inconnu ourlé de blanc qui s'extrait d'un fond indéfini. Dessinatrice convulsive, Inge Schmidt s'est mise récemment à la gravure sur bois comme dans le sulfureux Dance of the Demons, inspiré de la confrontation entre Joe Biden et Donald Trump, la nuit des élections américaines. Le trait brutal et halluciné renforce encore la filiation avec le courant expressionniste.

La force expressive de la peinture de l'artiste allemande est sans doute nourrie par son parcours singulier. Originaire d'Allemagne de l'Est, où elle a étudié l'histoire de l'art à Leipzig et la peinture à Halle, elle débarque à Berlin-Ouest en 1984, où elle reprend des études de peinture dans une ville où bouillonne le courant néo-expressionniste. Grande voyageuse, elle a aussi ramené de nombreux portraits des inconnus qu'elle a croisés au hasard de ses périples en Sibérie, au Tadjikistan ou dans le Xinjiang.


Œuvres symbiotiques

Zwei Kämpfende d'Ulrike Bolenz nous montre deux combattantes, des corps féminins en position de force et d'affirmation de soi. Les traits, où l'on distingue un cri, disparaissent dans la matière et le mouvement. Il ne reste plus qu'un corps dédoublé, presque lumineux d'énergie. Installée en Belgique depuis des années, l'artiste allemande y a développé, entre autres, la technique de la photoplastie où elle combine photographie, matériaux transparents et peinture dans des œeuvres symbiotiques aux multiples couches. Avec le thème d'Icare, elle propose deux approches complémentaires qui prolongent le mythe et le font résonner de nos préoccupations contemporaines. D'une part, un dessin de facture classique montre un jeune homme androgyne étendu, le bras tendu et le visage baigné dans l'ombre. Dans une grande composition presque abstraite, elle s'attache aux traces de l'homme oiseau après sa chute. Quelques plumes ramassées sur une plage, des débris de coquillages et du fil de pêche entortillé et d'autres déchets rejetés par la marée apparaissent aussi comme un dernier écho de toutes ces vies perdues au fond de la Méditerranée et comme la fin des illusions. Au-delà de ce qui peut les distinguer dans le traitement de la figure humaine, les deux artistes assemblées par la galeriste Ingrid Van Hecke traitent de la transformation des corps et des espoirs qu'ils portent.

 

Human Nature
Ulrike Bolenz & Inge H. Schmidt
Husk Gallery
Espace Rivoli
690 chaussée de Waterloo
Jusqu'au 18 décembre
Du jeudi au samedi de 13h à 18h 
www.huskgallery.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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