Deux artistes convoquent quelques âmes anciennes

Muriel de Crayencour
27 janvier 2022

Albert Dumont a l'habitude de présenter des duos d'artistes. L'association qu'il propose aujourd'hui est celle d'Oana Cosug et Bern Wery. Un dialogue fécond entre deux styles qui au premier regard semblent éloignés.

Les petits formats sur papier ou sur toile des deux artistes ont essaimé les murs de la galerie. Les dessins d'Oana Cosug, dont nous vous parlions déjà en 2018, à l'encre de couleur sur papier, trait vibrant et formes volontairement simples, nous donnent à voir des corps, des arbres, des branches. Du cœur au pinceau, en passant par la main, l'artiste convoque des silhouettes qui semblent émerger d'un songe ou de son inconscient, interrogeant son rapport à la sensualité, à la pulsion de vie mais aussi à la violence. Le geste est doux, les corps souples, les arbres fluides, mais les motifs sont toujours cadrés de telle manière qu'ils sont coupés : des pieds, des jambes, mais pas de tête, des branches, mais pas de tronc. Comme s'il s'agissait d'un moment précis - et peut-être violent - au milieu d'un conte que Cosug nous raconte.

Bern Wery peint à l'huile des paysages à la palette vive et à la belle matière. Puis, sur ces textures riches et chatoyantes, apparaissent des personnages, nus ou drapés, tout droit sortis de l'histoire de l'art, semble-t-il. "Mes arrière-grands-parents possédaient une très belle collection d'art, explique l'artiste. Tout petit, j'ai pu voir et revoir des Rubens, entre autres." Sa peinture semble nourrie et baignée par cette connaissance - largement infusée - de la peinture ancienne. Chaque composition, émouvante, présente une scène, un groupe de silhouettes, des ciels, des collines qui nous semblent anciens.

Mais qu'est-ce qui lie ces deux artistes ? "Oana Cosug travaille sur le vide de la feuille blanche, nous dit le galeriste Albert Dumont. Et Bern Wery remplit la surface d'une matière dense." Et pourtant, ce qui nous saute aux yeux, en observant les œuvres de l'une et de l'autre côte à côte, c'est que les deux artistes dessinent et peignent sans idée de départ. Le motif n'est pas pensé, mais émerge de la pratique et du geste. Ainsi se crée l'image, hors de toute pensée, par le geste de la main, née d'une émotion ou plutôt de connections mystérieuses. Il s'agit pour Oana Cosug d'une sorte de journal de ses émotions, et, pour Bern Wery, d'une récollection d'images anciennes. Même si, chez l'une comme chez l'autre, on retrouve des motifs récurrents, c'est de la liberté du geste que naissent ces images. D'où viennent-elles pour nous émouvoir autant ? Sans doute d'une vaste iconothèque collective et inconsciente, que nous trimballons tous et qui nous permet de voir ici la trace d'une fresque antique, là l'illustration d'un conte archaïque, plus loin un tableau biblique. Oui, les deux artistes, pourtant bien ancrés dans l'art actuel, nous content une histoire ancienne, bouleversante et émouvante.

Oana Cosug est née en 1979 en Roumanie. Elle s’est formée à l’Université des Beaux-Arts de Bucarest (section peinture) en 2002 et à l’Académie royale de Beaux-Arts de Bruxelles (master en théorie et pratique de l’art) en 2009. Elle vit et travaille à Bruxelles.

Bern Wery (1956) a étudié la peinture aux Académies d'Ixelles et de Watermael-Boitsfort, ainsi qu'à la Rijks Hoger Onderwijs voor Kunst à Etterbeek et la Kunstskolen de Holbaek (Danemark). Il expose régulièrement depuis 1980 et enseigne aux académies de Braine-l'Alleud et Woluwe-Saint-Pierre.

Oana Cosug - Bern Wery
Galerie Albert Dumont
43 rue Léon Lepage
1000 Bruxelles
Jusqu'au 13 février
Du jeudi au dimanche de 13h30 à 19h
www.galeriedumont.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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