Deux norvégiens, une fin de siècle

Muriel de Crayencour
23 février 2016

L'exposition Vigeland + Munch, behind the myths vient de s'achever au Munch-Museet d'Oslo. Les activités du peintre et graveur Edvard Munch (1863-1944) et du sculpteur Gustav Vigeland (1869-1943) couvrent la même période. Les deux artistes norvégiens étaient intéressés par les mêmes thèmes, ceux de leur époque. Avec seulement six ans de différence d’âge, ils étaient affiliés aux mêmes cercles et influencés par les mêmes mouvements artistiques. Et, pendant un certain temps, ils ont l’un comme l’autre vécu et travaillé à Berlin… dans des chambres voisines ! C'est ce qu'a tenté de montrer l'exposition.

Ce vivifiant dialogue se poursuit dans l'ouvrage publié en anglais par le Fonds Mercator. Tout d'abord avec une mise en parallèle d'œuvres dont la fraternité formelle est évidente : à gauche, Puberté, la peinture d'Edvard Munch, à droite Jeune fille de Gustav Vigeland, par exemple. L'un sur papier ou sur toile, l'autre en trois dimensions. Ou lorsque les deux artistes représentent des amoncellement de corps, La Montagne humaine, pour Munch ou Le Monolithe, pour Vilegand.

On y trouve aussi le texte Edvard Munch’s Works, écrit en 1894 par Stanislaw Przybyszewski, écrivain polonais qui fut le premier à publier des textes sur les deux artistes à l’étranger, publié pour la première fois en norvégien et en anglais. Ainsi que son article sur Gustav Vigeland, On the Paths of the Soul, datant de 1895. Le premier texte commence par une phrase pour le moins romanesque : "I once had a dream which literally came true." L'auteur poursuit sur trois paragraphes dans lesquels il décrit ses émotions au sujet de ce rêve, de sa conscience profonde, de quelque chose à l'intérieur de lui qui expérimente une autre perception... toutes émotions qu'il dit retrouver devant les œuvres de Munch. Ainsi, en effet, le regardeur est impliqué émotionnellement devant une œuvre et ce critique ne craint pas de l'avouer ! Ceci devrait inspirer tous les journalistes culture d'aujourd'hui !

L'ouvrage Vigeland + Munch vise à clarifier leurs relations en présentant leurs carrières artistiques en parallèle, depuis leur entrée à l’École Royale de Dessin à Christiania jusqu’au stade où l’un et l’autre étaient des artistes établis, respectivement à Ekely et à Frogner. Le fil rouge du livre est leur évolution commune relativement au choix des motifs.

Vigeland + Munch Trine Otte Bak Nielsen Fonds Mercator 27×22 cm Couverture cartonnée 304 pages 44,95 € http://www.fondsmercator.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.