Dieux et animaux au temps des pharaons

Joost De Geest
10 janvier 2015
Ce qui frappa les Grecs et les Romains, premiers visiteurs de l’ancienne Egypte, et bien plus tard les Européens modernes, c’est l’abondance de sculpture animalière dans les temples et les tombes. Ces voyageurs n’avaient aucun mal à comprendre une statue de pharaon représenté comme un dieu – l’empereur romain était lui aussi considéré comme un dieu. C'était plus difficile pour eux de comprendre les sculptures de chats, singes, grenouilles, canards, scorpions, crocodiles ou hippopotames ! Les auteurs anciens avaient d'ailleurs peu de considération pour une religion et des rites aussi barbares, voire stupides.

Le Louvre-Lens met les points sur les i avec une exposition originale et très fournie en œuvres remarquables. Des marbres admirablement polis, des petites œuvres votives, des momies (notamment du chat de la maison) qui ont survécu en grandes quantités. Il y a des ostraca, les graffiti de l’époque et des copies, d’authentiques fragments, des peintures murales qui ornaient les innombrables tombes dans les campagnes, autour des villes ou des temples. La plupart de ces petits monuments ont d’ailleurs disparu, emportés comme souvenir par des archéologues du XIXe siècle ou détruits pour être utilisés comme matériaux de construction.

L’exposition couvre quatre millénaires avant notre ère. Le paysage égyptien a beaucoup changé depuis – la lente disparition des savanes humides a fait partir éléphants, girafes et rhinocéros vers le sud, ensuite les lions et léopards et leur gibier, antilopes, gazelles, etc. L’Egyptien de l'époque se conçoit comme une entité composée de plusieurs éléments qu’il faut garder intacts pour arriver à la vie éternelle. Les animaux servent souvent de symbole matériel de ces qualités. Et leur représentation ou momie peut accompagner le défunt. Un fragment suffit, comme pour les reliques de saints durant notre Moyen Age.

On découvre aussi une pièce sensationnelle, objet de la censure bien-pensante à Paris en 1836 : un bas-relief en granite rose (1,5 x 3,2 m) provenant d’un socle d’obélisque trouvé sur le site de Louxor, datant de l'époque de Ramsès II et offert par l’Egypte à la France. Il fallait protéger les dames parisiennes de la virilité trop visible des babouins ! Cette pièce n’a donc jamais été exposée sur une place publique, alors que le gouvernement égyptien l’avait destinée à cet usage ! Si l'on peut se faire une idée de la réaction des chrétiens et des islamiques, on ne sait rien de celle des Egyptiennes et Egyptiens d'hier et d'aujourd'hui à la nudité omniprésente dans l’art pharaonique. Un autre obélisque de Louxor décore la place de la Concorde.

Louvre-Lens n’est pas seul à se pencher sur l’Egypte. Le Palais des Beaux-Arts de Lille présente la vie d’un pharaon légendaire, Sésostris III, artisan de la réunion du nord et du sud et de l’expansion de l’Egypte. Taschen publie un magnifique album XL « Art Egyptien » d’Emile Prisse d’Avennes, qui a pu visiter et dessiner au XIXe siècle de nombreux monuments, défigurés ou disparus depuis. Son ouvrage a influencé les décorateurs Art nouveau et Art déco. Les babouins y figurent, sans censure, au bas de leur obélisque!
Des Animaux et des Pharaons
Louvre-Lens
Jusqu’au 9 mars
www.louvrelens.fr

Et

Sésostris III, pharaon de légende
Palais des Beaux-Arts
Lille
Jusqu'au 25 janvier
www.pba-lille.fr





























 

Joost De Geest