Dominiq Fournal, respirations

Muriel de Crayencour
20 juin 2019

Revoilà Dominiq Fournal aux cimaises de la galerie Didier Devillez, à Ixelles. Voyage dans ses propositions très maîtrisées à la fois abstraites et naturalistes, jusqu'au 6 juillet.

"Je suis intéressé par le vertige," dit Dominiq Fournal devant une de ses grandes toiles d'un bleu aquatique. Profondeur aquatique, en effet, dans cette peinture mouchetée de plusieurs couches allant du bleu au vert, avec peut-être un fond presque noir, et ici et là, quelques touches de rose. Vibrante, la texture - produite en appliquant la couleur avec un chiffon de velours côtelé ! - offre à l'œil un vertige bienfaisant. On est ici au bord de l'eau, qui clapote doucement, et comment ne pas penser aux Nymphéas de Monet. Et aussi au bord de l'abstraction, dans une forme de description naturaliste délicate, dense. L'eau est là, mais est-ce bien de l'eau ?

Là, c'est une canopée au printemps. Masse verte faites des mille points des feuilles frémissant doucement au vent. Entre elles, pointe le ciel. "La canopée, c'est comme une peau vivante, respirante," dit l'artiste. C'est par la transparences des couleurs, tant pour ses petits formats à l'huile que pour ses grandes toiles à l'acrylique, que Fournal amène cette sensation de respiration. Une respiration large, vaste, qu'on entend presque.

Plus loin, Vue d'Edo reprend la même palette, mais soudain, on se croirait plongé au fond d'une baie : eau sous marine et récifs. Toujours cette abstraction au bord d'être figurative. La nature est là, très présente : eau, air, algues mouvantes. Sakura est la seule peinture où domine le rose. Un rose bienveillant, lumineux. Celui des cerisiers du Japon en fleurs au printemps.

Dominiq Fournal a du métier, des décennies de pratique derrière lui. On n'obtient pas une telle qualité de couleurs, de rendus, de textures diaphanes sans s'être penché souvent, très souvent, sur sa palette de couleurs, pour expérimenter. Sa peinture ouvre notre regard à de vastes paysages.

Né en 1956 au Congo, Dominiq Fournal est peintre, photographe et vidéaste. Il a été professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Wavre pendant 25 ans avant d'en devenir directeur.

 

Dominiq Fournal
Vues d'Edo
Galerie Didier Devillez
53 rue Emmanuel Van Driessche
1050 Bruxelles
Jusqu'au  6 juillet

Du jeudi au samedi de 14h à 18h30
www.galeriedidierdevillez.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.