d'Oultremont en pochettes

Muriel de Crayencour
17 octobre 2019

Anciennement professeur d'installation et performance à l'ERG, Juan d'Oultremont renoue avec la peinture en exposant chez ArtWeCare Gallery une série tout à fait réjouissante qu'il nomme Retour en Grâce

Ce collectionneur fou, qui collectionne autant les petites notes laissées dans les salles de l'ERG (Ecole de Recherche Graphique) par les étudiants que les bouteilles en plastique en forme de Vierge de Lourdes, les chaises, les photographies de nus des anciens cinémas pornos, ... travaille sur des pochettes de disques vinyles pour en faire disparaitre toutes les indications commerciales, titre, nom d’orchestre et d’interprète, label ... Choisissant avec soin une pochette - forcément vintage - dont l'image lui plaît, il va rendre toute sa place à la photographie ou à l'illustration de départ. Ainsi, un paysage de montagnes illustrant une pochette de musique classique, redevient uniquement une photographie. Des photographies de fleurs, de forêts, de lacs, de nénuphars, de chanteuses, ... des illustrations abstraites ou représentant des portraits de chanteurs sont toutes rendues à leur vie première, par la grâce d'un travail de restauration - pourrait-on dire - de Juan d'Oultremont, qui s'applique à masquer les textes et autres logos. Chaque image restaurée vit donc son Retour en Grâce.

Présentées en duo avec son double non restauré, ou par série - portraits, paysages, ... - et contenant toujours le vinyle, ces pochettes déploient une grâce et une poésie émouvantes. Ce n'est pas simplement le charme de l'image légèrement vintage, ou la sélection pointue des pochettes, c'est plutôt la simplicité et l'absence total d'ego déployés dans le protocole. Comme si Juan d'Oultremont désirait nous montrer les raisons secrètes de ses collections, tout en donnant à voir ses talents de faussaire et de restaurateur. Jouissif !

Son travail s’articule autour de notions récurrentes comme le faux, le double, la trahison, le sexe, la collection… Autant de thèmes que l’on retrouve directement ou indirectement dans ses romans, dans ses chansons (on lui doit entre autres les paroles Cœur de loup) ou dans ses pièces de théâtre. C’est ce même univers qu’il active sur la scène de l’art en intervenant comme artiste sous le label Cissiste International - il fut lauréat du Prix de la Jeune Peinture Belge en 1977 , comme commissaire ou comme graphiste - avec les pochettes qu’il réalise entre autres pour le label de jazz Blue Note. On le retrouve également en tant que chanteur sur trois albums produits par Miam Monster Miam pour le label Freaksville Record. Il a fait partie durant 15 ans de l'équipe du Jeu des Dictionnaires et de la Semaine Infernale sur la RTBF, ainsi que de celle de la Télé Infernale.

Un livre, Record Painting (Retour en grâce) est édité pour l'occasion aux Editions Le Caïd. Format pochette de 33 tours - mais si ! - sa première de couverture présente la silhouette en ombre chinoise d'un cow-boy sur fond de coucher de soleil - peut-être l'artiste lui-même, qui sait ? Et la quatrième de couverture l'arrière d'une pochette de disque, un peu salie sur les bords, comme fraîchement cueillie par un roi de la Chine dans la boîte d'un brocanteur, à l'aube d'une nouvelle journée. 

Juan d'Oultremont
Retour en grâce
ArtWeCare Gallery
18 rue de Praetere
Jusqu'au 9 novembre
Samedi et dimanche de 14h à 18h
www.artwecare.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.