Ecoutez bien !

Elisabeth Martin
26 mars 2019

Le son et la notion d'écoute sont le pivot de l'exposition que Félix Frachon propose dans son espace LE26BYVoice and Sound Waves met en lien cinq artistes japonais de trois générations différentes sous la houlette de la commissaire Anne-Laure Chamboissier. La galerie se fait le berceau d'une polyphonie visuelle et sonore qui incite le visiteur à modifier son comportement vis-à-vis de son environnement. Une exposition atypique qui remplit une case presque vierge sur l'échiquier des galeries bruxelloises et met à l'honneur une scène nippone s'exprimant tout en finesse.

Pratique relativement récente dans l'histoire de l'art, l'expérience sonique est polymorphe et très variée. Une multitude d'approches artistiques explore les interactions du son, de l'espace et du temps. Elles s'incarnent par des œuvres graphiques, des sculptures acoustiques, des installations sonores ou des performances musicales. C'est grâce à la connexion sensorielle de la vue et de l'ouïe que matière sonore, bruit, silence et écoute articulent une forme d'art autonome intimement liée à l'espace dans lequel elle prend place.

Toute description de la musique ou d'un son requiert une métaphore car c'est une expérience aussi mentale qu'émotionnelle. Ainsi chez Yukio Fujimoto (1950), indices et traces évoquent le son qui devient support de pratiques visuelles dans des réalisations non acoustiques. L'apport générationnel et la figure du disque vinyle inspirent Delete. L'œuvre présente la collection de chacun des albums des Beatles et leurs étiquettes mais dont les rainures sont effacées. Notons également Passage avec l'éloquent mot Silence ou bien l'installation composée de mécanismes d'horlogerie. L'artiste explore autant le cosmos musical que l'univers de ce qu'il nomme les petits sons du quotidien. Le collectif  Softpad intervient par le texte évocateur de sonorité ou bien par le son. Subtile, l'installation Plane se construit autour d'une table où sont posés des avions de papier rappelant l'art de l'origami et de montages photographiques où ces mêmes avions dessinent une onde sonore.

D'Atsushi Nishijima (1965), artiste influencé par le mouvement Fluxus et par John Cage, précurseur de l'art sonique, retenons le dispositif  poétique Sky Fishing et son cerf-volant destiné à capter des sons. On touche à l'immatérialité poétique et l'écoute n'est autre qu'un acte créatif. Dans la pièce du fond, l'artiste choisit la manipulation acoustique avec l'œuvre Sympathetic Wiretap-Brussels-version où cordes, bidons et transmetteurs magnétiques forment un insolite paysage. Á leur contact, les musiques choisies et jouées de manière aléatoire sont transformées. Yagi Lyota (1980) détourne des objets pour en faire des objets-sons. Notre attention est appréhendée par le bruit d'une goutte d'eau venant d'une fontaine composée de haut-parleurs de différentes tailles. Á l'étage, Mamoru Okuno (1977) s'inspire d'un livre de géographie édité en 1669, le  premier à avoir expliqué la culture et l'histoire du Japon en Occident, pour présenter une vidéo en quatre chapitres et créer de nouvelles conditions d'écoute.

De surprise en surprise, une exposition sophistiquée et passionnante. Pour en profiter pleinement, prenez votre temps !

 

Voice and Sound Waves
LE26BY
Galerie Félix Frachon
26 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu'au 11 mai
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
http://www.felixfrachon.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth Martin

Rédactrice

Traductrice puis pédagogue de formation, depuis toujours sensible à ce vaste continent qu’est l’art. Elle poursuit des études de sociologie et d’histoire de l’art avant de relever le défi de dire avec des mots ce que les artistes disent sans mots. Une tâche d’interprète en somme entre deux langages distincts. Partager le frisson artistique et transmettre l’expérience esthétique et cet autre rapport au monde avec clarté au lecteur, c’est une chance. Une sorte de mission dont elle nourrit ses textes.