Edith Dekyndt laisse des traces.

Gilles Bechet
04 février 2021

Pour sa troisième exposition chez Greta Meert, Edith Dekyndt joue le contraste entre la présence et l'absence, la matière et le vide.

La première impression qui nous gagne quand on pousse la porte de la Galerie Greta Meert est celle d'un manque. Des aquariums, vides, sont posés à même le sol. C'est cette impression de manque que veut nous transmettre Edith Dekyndt. Et des traces de ce qui n'est plus. Çà et là, on surprend encore, écrit au feutre sur les vitres sales, le nom latin des poissons qui y étaient contenus. Une œuvre d'art n'est-elle pas toujours la trace de quelque chose, visible comme invisible, un dialogue entre des traces et des intentions ? Les vitrines en verre qui occupent l'espace de la galerie ont été récupérées par l'artiste au zoo de Riga où elles avaient été mises au rebut. Elle en a fait le cœur de Visitation Zone, une installation présentée à la Biennale de Riga en août 2020, dans un ancien entrepôt industriel. Les vitrines de verre contenaient alors des légumes en saumure, une méthode de conservation traditionnelle des pays baltes. En ramenant avec elle ces vitrines, Dekyndt ramène aussi les traces de tout ce qu'elles ont contenu, des manipulations qu'elles ont subies ; les résidus et les altérations qui ont imprégné le matériau, comme les cicatrices du temps sur des vestiges archéologiques. Comme l'indique le titre, c'est aussi un journal intime où l'écriture du temps a remplacé celle de la plume, l'empreinte en creux d'une année particulière pour l'artiste et pour le public, une invitation aussi à remplir le vide.

En contraste avec cette absence diffuse, les pièces accrochées au mur s'affirment par la présence forte de leur matière. Il y a de grandes pièces de tissu, du coton imprégné d'argent, qui rappelle le mouvement de drapeaux vus dans d'autres œuvres de l'artiste, et des pièces de velours imbibées d'encre de Chine telles d'énigmatiques tentures.
Il y a aussi ces petits formats monochromes, objets sans âge et sans histoire, forme parfaite et altérée dans sa matière. Imbibés de sucre, ces tissus tendus gonflés par le vide présentent le bombé de leur surface craquelée entre cristallisation et transparences. Ce sont ici les traces qui font la matière. Le passé qui construit le présent.

Edith Dekyndt
The Ghost Year
Galerie Greta Meert
13 rue du Canal
1000 Bruxelles
jusqu’au 20 mars
Du mardi au samedi de 14 à 18h
www.galeriegretameert.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.