Emeric Lhuisset sur le terrain de l’art et de la guerre

Francesca Caruana
21 avril 2022

Message reçu le 18 mars 2022. 

C’est depuis l’Ukraine que je vous envoie cette newsletter afin de vous présenter le nouveau projet que je suis en train de réaliser là-bas auprès de la résistance civile ukrainienne. Ce projet n’a pas encore de titre mais sera constitué d’une centaine de portraits. Certains ont pris les armes, d’autres fabriquent des filets de camouflage ou des cocktails Molotov, d’autres encore sont à la logistique ou auprès des blessés… Ils sont la résistance civile ukrainienne, ceux qui ont abandonné leur vie passée pour lutter. Ce sont ceux que vous voyez sur ces images, ce sont leurs espoirs, leurs craintes… leurs visages eux resteront invisibles… pour le moment. Pour les protéger, alors que beaucoup seront certainement amenés à continuer la lutte dans la clandestinité. Mais un jour ces visages apparaîtront aux yeux de tous, ces visages que j’ai photographiés pour plus tard. Ces visages apparaîtront le jour où l’Ukraine retrouvera sa souveraineté. Ce sera le jour où la résistance vaincra. 

En 2018, Emeric Lhuisset nous expliquait : "L’artiste a un rôle essentiel à jouer dans la société. Non pas qu’il peut changer directement les choses, mais décaler le regard des gens et ainsi influencer leur compréhension du monde. […] Je cherche toujours la manière la plus libre et pertinente pour traiter un sujet. L’art m’offre plus que n’importe quelle autre discipline de m’exprimer au plus proche de mes aspirations."

Ce texte de Francesca Caruana pour que l’artiste sache que ses messages ne sont pas envoyés dans le vide et lui assurer de notre attention.

Effaçures pourrait être un néologisme adapté à décrire le sens de l’activité plasticienne d’Emeric Lhuisset, les photographies naissent de leur propre disparition ou plus exactement de la disparition de leur sujet. Photographe, traqueur contre-événementiel, globe-acteur, il traite l’événement de guerre, le reportage comme un enfant du monde : apprendre, partager, réfléchir. Il ne s’agit pas d’enfermer l’image dans un format qui inciterait le spectateur à saisir des actes de guerre commis à l’autre bout de la Terre, mais d’insérer dans le corps du spectateur les éléments de sensibilité qui inoculeraient une autre approche, et de l’événement, et de l’image, et de ses sources. C’est peu dire pour rendre compte d’une déontologie que l’artiste s’impose au regard de ce qu’il perçoit et restitue, non pas à la manière d’un compte-rendu d’où sortirait une vérité journalistique, mais d’un mot de passe qui oblige le regardeur à l’interprétation. Il va donc au-delà du reportage, de la pertinence journalistique, du cadre formel nécessaire à l’information, pour engager un dialogue entre le visible et l’intelligible.

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur www.artshebdomedias.com

Francesca Caruana

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