Le drôle de paradis d'Emmanuel Tête

Gilles Bechet
10 octobre 2019

L’artiste français Emmanuel Tête égrène ses poussières d’étoile et de graphite dans les dessins qu’il expose chez Rossicontemporary. Un univers énigmatique, entre rêve et réalité, dont il nous confie les clés.

Regarder les dessins d’Emmanuel Tête, c’est comme se balader dans un étrange parc d’attractions où l’on observerait des groupes de gens s’adonner à d’énigmatiques activités. Trop à leur affaire, ils ne nous invitent pas à les rejoindre mais nous autorisent à les observer. C’est déjà ça. Habitué de la Galerie Rossicontemporary, l’artiste français nous donne régulièrement des nouvelles de son univers onirique. Sa dernière livraison comprend une vingtaine de dessins. Son trait est précis, fouillé et d’une grande douceur. Les arbres sont denses et impénétrables. On les devine agités d’un léger frémissement de la brise. Les silhouettes sont un peu hiératiques, comme figées par le contact avec la mine du crayon. Ces images évoquent un monde de bâtisseurs, comme sur ces panneaux que des promoteurs plantent au bord des routes pour vanter la vie nouvelle dans des quartiers encore en construction. Il s’en dégage un parfum de paradis. Un paradis inachevé plein de promesses. Les nuages accrochés dans le ciel ressemblent aux accessoires d’une machinerie cosmique qui nous échappe. Certaines personnes ont le don de pouvoir faire descendre les planètes de leur orbite et le coffre pour les faire danser au son de leurs arias. Dans un dessin intitulé Parousie, on voit un homme, des planches au bout des pieds et une autre derrière les bras comme s’il voulait prendre son envol et marcher sur l’eau sans parvenir à se décider. Dans le paradis d’Emmanuel Tête, les journées comme les fêtes sont sans fin parce que le jour n’est pas fort différent de la nuit. A-t-on encore besoin d’étoiles quand on a des pépites d’or et d’argent qui dégringolent du ciel ? Si on se laisse parfois gagner par la fatigue, c’est pour mieux glisser dans le rêve où chacun est seul. Mais peut-on encore rêver dans le monde du rêve ? Ce n’est pas si sûr. Comme un mirage qui s’éloigne à mesure que l’on s’en rapproche, on croit pouvoir saisir le sens des dessins d’Emmanuel Tête, mais au final, il s’échappe toujours. Et c’est très bien ainsi.

Emmanuel Tête
Poussières
Rossicontemporary
Rivoli Building ground floor #17
690 chaussée de Waterloo 
1180 Bruxelles
Jusqu’au 2 novembre
Le jeudi de 13h à 17h30, vendredi de 13h à 18h
Samedi de 14h à 18h
www.rossicontemporary.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.