Van der Auwera, approche de la tragédie

Muriel de Crayencour
27 septembre 2019

Emmanuel Van der Auwera présente une importante installation vidéo au Botanique. The sky is on fire est visible dans la grande salle d'exposition, jusqu'au 3 novembre. Nous avions découvert son travail en 2013 à l'Iselp. Van der Auwera interroge la culture numérique et la valeur archéologique des images qu'elle produit.

Dans la grande nef du musée, trois immenses écrans. Y défilent des images étranges, à la fois plates et gondolantes, comme fondues. Ce sont les rues de Miami, reconstituées par l'artiste à partir des images prises avec l'appli SCAN3D. SCAN3D permet de scanner en 3D des objets à partir d'un smartphone. Les images sont directement partagées puis vouées à disparaitre. Cette disparition annoncée intrigue Van der Auwera. Il décide de les conserver, de les archiver. Durant un an et quatre mois, il tourne autour des objets qui l'intéresse dans les rues de Miami : voiture, poubelles, containers et autres éléments. Ces archives ont été longuement compilées puis éditées en un vaste patchwork pour composer la vidéo qui se déroule devant nos yeux.

On y voit le monde contemporain recomposé, avec des couches qui se juxtaposent, mais pas complètement. C'est le monde moderne avec une maladie de peau. Entre virtualité et vraies rues bétonnées, le monde pèle. Comme une prévisualisation de la fin du monde, du début du chaos. Un écho aux actualités. Tout y est aplati, simplifié, mais reconnaissable. Le réel est transformé en déco de jeu vidéo. Il n'a plus de chair, plus de suc. Tout est déshydraté. Sur la bande-son, la voix de Chaz, un habitant insomniaque. "You know we're in the digital age, it's gonna still be the digital age hundreds of years from now, the technology is going to be even further advanced. No man ! nothing is being lost !" soliloque-t-il. "Yeah man? This is it. So ... here's my message : time goes on. You know ? Don't hate it. Don't hate the world for that." Etranges digressions plus clairvoyantes que délirantes.

L'artiste nous offre un portrait du réel qui se plie et se déplie comme un origami, cachant sous chaque pli son étrangeté. Les écrans nous entourent sans fermer l'espace. On y est pourtant englouti, les images fascinent, troublent, emportent. A voir.

The Sky is on Fire fait partie d'un diptyque. la galerie Harlan Levey Projects présente au même moment un second film, The Death of K9-CIGO, éditant ensemble de nombreuses vidéos postées sur Periscope au moment de l'événement repris dans son titre, l'hommage rendu à K9-CIGO, un chien policier tué lors d'une fusillade en Floride.

A l'étage, revoilà Léa Belooussovitch, qui expose vraiment beaucoup pour le moment. (Jusqu'au 13 octobre).

Emmanuel Van der Auwera
The sky is on fire

Le Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 3 novembre
Du mercredi au dimanche, de 12h à 20h
https://www.botanique.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.