Jusqu'à la dernière goutte

Gilles Bechet
16 avril 2021

Dans sa nouvelle exposition, le CID Grand-Hornu nous met en garde sur toutes les menaces qui pèsent sur l'eau potable disponible sur notre planète, tout en proposant de multiples projets pour y remédier.

L'eau, c'est la vie. Aussi indispensable soit-il, l'or bleu est menacé tant en quantité qu'en qualité. Réchauffement climatique, désertification et pollution à tous les étages ont mis à mal cette ressource pourtant essentielle à la survie de l'humanité. Quand on prend en considération que seuls 3 % de l'approvisionnement en eau reposent sur l'eau douce, on se doute qu'il y a un problème. L'exposition qui s'est ouverte au CID du Grand-Hornu est la dernière étape d'un programme d'expositions, activités et rencontres coordonnées par Transnatural, une plateforme néerlandaise qui développe des projets culturels où l'art rencontre le design. On y trouve des projets concrets de design appliqué visant à répondre aux défis que posent la pénurie et la pollution de l'eau, ainsi que des œuvres d'art inspirées par ces mêmes problématiques.

Pour répondre au manque d'eau, pourquoi ne pas prendre l'eau où elle se trouve ? C'est ce que proposent les jeunes designers de la Creating Water Foundation avec leur ferme à brouillard. Ce projet mis en œuvre sur les haut plateaux andins au Pérou est simplissime et durable. Le dispositif se compose de fins filets de gaze tendus entre deux mâts qui "attrapent" l'eau contenue dans le brouillard, récurrent à cette altitude, pour la stocker et la renvoyer dans le système d'irrigation. Avec Aquatecture, la Sud-Africaine basée aux Pays-Bas Shaakira Jassat a imaginé un panneau à encoches que l'on peut installer sur les façades pour récolter l'eau de pluie. La même artiste propose l'épatant projet Tea Drop, une machine à thé autonome qui prépare le fin breuvage en condensant la vapeur d'eau présente dans l'air ambiant. Pour étancher sa soif, il faudra pouvoir faire preuve d'une certaine patience. C'est aussi une subtile mise en abyme des 30 litres d'eau virtuellement nécessaires pour produire une tasse de thé de la récolte à la consommation.


Eveil des consciences

Quand l'eau disponible est polluée, il convient de la filtrer. C'est à cela que s'appliquent différents projets comme Eliodomestico, de Gabriele Diamati, un dispositif en terracotta et plastique recyclé qui permet de produire 5 litres d'eau potable par jour, sans filtre et sans électricité grâce à l'énergie solaire et au principe du filtre à café inversé. La Filtering Glass Straw, d'Ulysse Martel, est un système de filtration réutilisable et durable, réalisé à partir de tubes en verre recyclé et d'un filtre composé de coriandre séché, de charbon de bois et de poudre de graines de moringa. En miroir de ces projets très concrets et simples à mettre en œuvre, les artistes participent à l'éveil des consciences par leurs installations, films et sculptures autour de l'urgence aquatique. Dans sa très belle installation Fossiled Waterness, les Milanais de Ctrlzak ont disposé sur une table de banquet une brigade de verres en cristal contenant un morceau de charbon actif pour symboliser la pollution de l'eau potable par les combustibles fossiles. Avec Clams, Marco Barotti a réalisé une installation sonore et cinétique dans laquelle des coquillages en plastique recyclé jouent le rôle de lanceurs d'alerte sur le niveau de pollution de l'eau. L'artiste néerlandais Lennart Lahuis, venu travailler en résidence au Grand-Hornu, a découvert le passé industriel du site lié à la création de machines à vapeur. Il s'en est inspiré pour une fascinante série de machines qui composent en lettres de vapeur, une texte fantomatique qui apparaît et disparaît où l'on peut lire When is it that we can feel change in the air ? La question est lancinante. On se la posera peut-être la prochaine fois qu'on se désaltérera d'un verre d'eau.

Après la sécheresse
L'état aquatique
CID Grand-Hornu
82 rue Sainte-Louise
7301 Hornu
Jusqu’au 25 juillet
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.cid-grand-hornu.be

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.