Au creux des rêveries d'Anne de Gelas

Muriel de Crayencour
13 février 2021

Dans le bel espace d'Eté 78, Anne de Gelas présente les dessins et photos qu'elle a réalisés durant le premier confinement. L'exposition fait partie du Festival Tour du PhotoBrussels Festival 05 organisé au Hangar.

C'est peu dire que le premier confinement, entre mars et mai 2020, a inspiré les artistes. Anne de Gelas (1966), artiste et photographe, a multiplié les dessins, collages et découpages dans des cahiers quadrillés et les a associés avec ses photographies. Sur ces dessins, des silhouettes de poupées - tête et membres arrondis, posture un peu rigide - solitaires ou en groupe, leur ombre portée créant une zone très noire derrière chacune d'elles. Le monde est figé et nous prenons la pose, semblent-elles dire. Leur visage est vide, comme si ces personnages étaient sans pensées ni émotions. Parfois leur tête est découpée et apparait le quadrillage de la page d'en dessous. Parfois ils sont accompagnés d'une faon, d'un éléphant, qui semblent eux aussi être des jouets d'enfant. Etrange ambiance, doucereuse et tragique à la fois. Anne de Gelas nous raconte l'aventure intime de la sidération, de l'immobilisation, du silence des rues. La pandémie a tout arrêté, et pourtant ça pense, encore, ça cherche, ça creuse, ça angoisse encore. 

Son univers se déploie et s'ouvre avec ses photographies, présentées aux murs. Car, on le comprend en regardant ses images, de Gelas chemine depuis longtemps à la frange de l'intime et du silence, du presque dit ou de ce qui est tu. Nature morte avec quelques billes de verre, mains masquant un visage, dos pensif, cartes à jouer ou allumette allumée entre deux mains blanches. Mais aussi des paysages : sable d'une plage, buissons d'une lande, eau d'un lac, attrapés en close-up, pour en accentuer la texture. C'est délicat, profond, secret, à la fois légèrement triste et  empli d'une joie enfantine qui nous dit : regarde, regarde, j'ai vu ceci, j'ai vu cela, je le cueille et te le ramène pour que tu puisses toi aussi en voir la beauté et t'en délecter. 

L'artiste a édité un carnet, Zone de confort, qui reprend dessins, photographies, et fragments de phrases écrites au fil des jours durant le lockdown. Foncez voir l'exposition, il reste trois samedis  (jusqu'au 27 février). Dans le carnet que vous pouvez vous procurer sur place, un tirage 10 x 10 cm d'une des photos présentées, en cadeau. Cadeau à l'image de la présentation, généreuse.

Anne de Gelas
Zone de Confort
Eté 78
78 rue de l'Eté
Samedi 13, 20 et  27 février
De 14h à 18h
https://www.ete78.com/
https://www.annedegelas.com/ 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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