Fabienne Cresens, portraits sous eau

Elisabeth Martin
07 février 2019

Le réchauffement climatique entraîne la montée des océans. Ce phénomène s'accentue et inquiète scientifiques et opinion publique. A la galerie Martine Ehmer, la photographe Fabienne Cresens nous propose un discours esthétique et engagé sur le climat et ses dérèglements, sur l'urgence de changer le monde actuel. Magnifique célébration du portrait individuel et pertinente réflexion teintée de dérision sur une responsabilité et un avenir communs.


Le portrait est presque aussi vieux que le monde. Avec la Montée des eaux, Fabienne Cresens met en scène des modèles de toute origine, de tout âge et de toute condition, des personnalités connues et des visages anonymes. Leur point commun: ils sont dévêtus et portent tous un bonnet de bain rétro qui les métamorphose et uniformise. L’artiste choisit le gros plan et, pour la plupart, des cadrages de face, créant une proximité inouïe et immédiate, une rencontre. Rien de figé, point de pose ni d’idéalisation. Les gens semblent figurer ce qu’ils sont naturellement. Impudiques d'authenticité, expressifs, disgracieux, voire grimaçants, toujours saisissants, les portraits s’attachent ici à montrer la réalité, dans une grande diversité de mimiques. Chaque visage est unique, chaque bonnet est différent. Superbes dans leur simplicité, ils expriment tous la même humanité. Avec le noir et blanc qui demande une grande maîtrise de la lumière, détails, rides et imperfections gagnent en importance. Et le regardeur de s’interroger sur l’identité des modèles autant que sur le propos des images. Désabusés, comiques, interloqués, anxieux ou détendus, les visages s'expriment et leur intensité demande bien plus qu’un regard distrait. Il en émane un appel et une force essentielle.

Sur un fond sonore d'orage et de pluie diluvienne qui rappelle aisément les dernières crues parisiennes et l'impact du changement climatique, une vidéo accompagne l'exposition et fait défiler portraits et pensées écrites des modèles. Un appel au secours conclut le film et rappelle l'urgence d'une croissance nouvelle et de changements de mode de vie. Ce cri de détresse sera-t-il suffisant à réveiller les consciences de nos dirigeants avant que nous ne soyons submergés ?

Fabienne Cresens est une photographe autodidacte belge. Née en Afrique, elle ne cesse, depuis l’âge de dix-sept ans, d’élargir le champ de son art, de l’argentique au numérique aujourd’hui, avec ce qu’elle nomme des objets photographiques qui ouvrent la voie à de nouvelles expérimentations qu’elle mène principalement à Bruxelles. La série La Montée des Eaux conçue en 2009 comptait initialement dix-neuf portraits. Depuis, Fabienne Cresens a continué de photographier et une centaine de photos composent à ce jour le projet.

 

La Montée des eaux
Galerie Martine Ehmer
200 rue Haute
1000 Bruxelles
Jusqu'au 17 février
Du jeudi au dimanche, de 11 à 18 h
www.martineehmer.com


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth Martin

Rédactrice

Traductrice puis pédagogue de formation, depuis toujours sensible à ce vaste continent qu’est l’art. Elle poursuit des études de sociologie et d’histoire de l’art avant de relever le défi de dire avec des mots ce que les artistes disent sans mots. Une tâche d’interprète en somme entre deux langages distincts. Partager le frisson artistique et transmettre l’expérience esthétique et cet autre rapport au monde avec clarté au lecteur, c’est une chance. Une sorte de mission dont elle nourrit ses textes.