Falcone à l'ombre des anciens

Muriel de Crayencour
11 février 2021

Voir et peindre résume assez bien la démarche de Falcone, dont on peut voir le travail chez Archiraar jusqu'au 27 février. 

Né à Palerme (Italie) en 1990, Falcone vit et travaille à Bruxelles. Il a grandi à Milan où il a obtenu le diplôme au Liceo Artistico di Brera en 2008 avant d’étudier Histoire de l’Art à l’Accademia di Belle Arti di Brera. En 2010, il s’établit à Bruxelles pour suivre le cours de peinture à l’ERG (École de Recherche Graphique). Il termine son Master en Fine Arts en 2015 à KASK (Koninklijke Academie voor Schone Kunsten) de Gand, soutenu par Narcisse Tordoir.

C'est la peinture ancienne et plus particulièrement la technique du clair-obscur, dont Caravaggio était friand, qui passionne le jeune artiste. A partir de peintures issues de l'histoire de l'art, Falcone enquête au sujet du noir, de l'ombre et de ce qui se donne à voir ou bien se cache dans le noir de la peinture. Dans le White Cube de la galerie Archiraar, au fond, sur une grande toile, émergeant d'un fond noir brillant, quatre mains et quelques morceaux de drapés issus d'une peinture ancienne. Sur la gauche, une nature morte à la ricotta, toujours sur fond sombre, et une toute petite peinture reprenant deux citrons, motifs si iconiques de l'histoire de l'art ! Le noir semble manger le jaune et le jaune diffuse sa belle lumière. Sur la droite un retable en bois aux bords découpés en arrondis et ses deux battants, entièrement recouvert de noir brillant. Ici le noir et la forme si reconnaissable nous parlent du sacré, de l'objet posée au dessus d'un autel, contant aux croyants l'histoire de leur dieu.

Cette note vers le sacré, on la retrouve dans l'autre espace de la galerie, le Black Cube. Là, le noir se trouve aussi sur les murs. Derrière le panneau de l'entrée, une grande toile, La Notte. On y voit ce qui semble au premier regard une Vierge protectrice, recueillant entre ses bras ouverts quelques brebis égarées. Mais sous les pans bleus de son manteau, la Vierge est nue et une main s'empare de son sexe. Elle est entourée de personnages inquiétants, aux yeux révulsés, ombres égarées et souffrantes. Ce sont toutes les inquiétudes liées à la solitude, à la peur, aux angoisses du monde qui sont rassemblés dans cette toile peinte pendant le premier confinement. Une pièce impressionnante de force et de puissance, qui mérite d'aller continuer sa vie dans une belle collection. Lui faisant face, une photographie de Pierre Liebaert, dont nous avions adoré le travail découvert en 2019 ici-même. C'est un portrait de Bolo, prostituée trans vivant à Naples. La prostituée, elle aussi vêtue de bleu, faisant face à cette Vierge étrange, en un dialogue qui donne le vertige.

Falcone
La Notte
Pierre Liebaert
Archiraar Gallery
31 A et 35 A rue de la Tulipe
1050 Bruxelles
Jusqu'au 27 février
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.archiraar.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.