Familière étrangeté aux Abattoirs de Bomel

Astrid Jansen
01 mars 2019

À Namur, jusqu'au 17 mars, les Abattoirs de Bomel, aujourd'hui centre culturel, accueillent l'exposition Noli me tangere qui interroge la condition et la présence du corps - sa gravité, ses anamorphoses, sa présence réelle ou projetée.

Tania Nasielski, commissaire de l’exposition, avait vu les lieux une fois. Ce qui l’avait frappée, c’est que la signalétique de certaines salles indique encore frigo, pré-frigo, abat des porcs… Particularité singulière quand on sait que le bâtiment a été entièrement rénové. Rénové « de telle sorte qu’il est désincarné », précise Tania Nasielki. Et d’ajouter : « Ce contraste m’a intéressé. J’ai eu envie de partir du lieu, sans être trop littérale. Il faut dire qu'il est assez incroyable, très intéressant et très difficile à habiter pour une expo, car il y a des recoins et des reflets partout, ce n'est pas non plus un endroit avec une âme… c'est un endroit désincarné... » Des œuvres incarnées habitent, jusqu’au 17 mars, ces Abattoirs désincarnés. Le projet d’exposition s’est développé avec les artistes, en relation avec le contexte. Le corps (physique, digital, architectural) y retrouve toute sa place.

C’est ainsi qu’est née l’exposition Noli me tangere (Ne me touche pas, en latin). Ce titre est, dans l’histoire biblique, la phrase prononcée par Jésus à Marie-Madeleine lorsque celle-ci veut le toucher pour s’assurer de son existence réelle. Il est également le titre du livre du philosophe Jean-Luc Nancy. Un documentaire est diffusé en début d’exposition. Il s’agit du Corps du philosophe, dans lequel on voit Jean-Luc Nancy danser et se rendre à l'hôpital où il a subi une greffe du cœur. « Toute sa vie a été transformée par cet événement et, dans le film, on voit le corps du philosophe plutôt que ses pensées pour une fois », explique Tania Nasielski.

Noli me tangere : il y a dans cette phrase une ambiguïté entre l'existence et la non-existence, la présence et l'absence. C’est le fil rouge de l’exposition, qui se demande comment s'approprier le corps physique et architectural, le corps d’une communauté aussi. Les installations, peintures, vidéos, architectures, œuvres performatives présentées ont en commun une certaine aura évoquant la unheimlichkeit de Freud, cette inquiétante et à la fois familière étrangeté. Avec les artistes 
Lázara Rosell Albear (CU/BE), Roger Ballen (ZA), Claude Cattelain (BE), 
Pieter De Clercq (BE), 
Nancy Moreno (BE), 
Benjamin Verhoeven (BE).

 

Noli me tangere
Abattoirs de Bomel / Centre culturel de Namur
Traverse des Muses 18
5000 Namur

Jusqu'au 17 mars
Du mardi au dimanche, de 14h00 à 18h00

www.centrecultureldenamur.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Astrid Jansen

journaliste

Licenciée en journalisme de l’IHECS et titulaire d’un master en science politique de l’ULB, Astrid Jansen s'est spécialisée dans le cinéma et le monde culturel belge. Depuis 2012, elle écrit pour le journal L’Avenir et collabore régulièrement avec la radio publique La Première, le magazine culturel Mu-in the city ainsi que la revue française Les Fiches du Cinéma. Outre ces missions régulières, elle dit rarement non aux propositions qui peuvent enrichir son parcours, tels que des jurys (BIFFF, Toronto, Anima…) et autres missions culturelles ponctuelles.