Inlassable Martine Franck

Astrid Jansen
16 décembre 2020

De ses portraits et reportages pour The New York Times, Life ou Vogue, à son intense observation des paysages, en Asie et en Europe, en passant par sa tendresse pour l’ordinaire, l’Anversoise Martine Franck s’est imposée comme une immense photographe, joyeuse, empathique et sensible. Une rétrospective lui est consacrée au FoMU, à Anvers, jusqu’au 24 janvier 2021.

Martine Franck aime prendre le temps. Le temps d’observer. Elle aime connaître son sujet en profondeur, aller au-delà de la surface (comme quoi, la patience n’est pas l’apanage des photographes animaliers). Avec son appareil, elle passe une frontière invisible. Pour Martine Franck, l’observation, la patience, la lenteur sont la base de son travail. Elle consacre du temps à l’engagement, aussi, quand elle s’intéresse de près à des sujets comme l’exclusion des femmes, des Tibétains, de la vieillesse, des réfugiés ou encore, celle des habitants de Tory Island.

Les paysages de Martine Franck ou un retour aux sources

Toutes ses compositions sans exception - soit des centaines - sont intelligentes, justes. Elles sont autant de ses visions sur le monde.

Mais ce qui nous frappe surtout, dans cette exposition, ce sont les paysages. Martine Franck le dit elle-même, elle photographie ces paysages par plaisir ou par nécessité. En 2020 - période de crises, soyons francs -, comment ne pas voir dans ses paysages abstraits - et pourtant formels -, un appel à la méditation, au ressourcement. Un appel à l’apaisement, à la réflexion. Comme la photographe a pris la peine de photographier, nous prenons à notre tour le temps de méditer et d'observer ses images. Cela représente, il nous semble, un exercice nécessaire. À la rencontre d’espaces a priori inconnus, le spectateur puise au fond de lui et s’ouvre au monde.

Une œuvre personnelle

Les sujets sont variés. Et pour cause, la carrière de Martine Franck s’étend sur un demi-siècle. Ce qu’on retient donc n’est pas un thème, un courant artistique ou une « patte ». Non, c’est un regard. Pendant plus de cinquante ans, indépendante, affirmée, Martine Franck a déployé une œuvre très personnelle, elle a écrit l’histoire de son regard sur l’humanité. En découle un cliché singulier d’une époque particulière. Comme cette photo qui ouvre l’exposition, Piscine, conçue par Alain Capeillères, l’œuvre de Martine Franck est celle d’une femme qui regarde le monde dans lequel elle vit, où tout peut être différent mais où tout est lié. Il y a de l’humour, de l’intensité, de la tristesse, des accidents, des liens uniques, la vie quoi.

On dit de Martine Franck qu’elle faisait attention aux détails. Nous ne sommes pas étonnée donc d’apprendre que Martine Franck elle-même a participé étroitement à l'élaboration de cette rétrospective qui lui est consacrée, en collaboration avec la Fondation Henri Cartier-Bresson et le Musée de l'Élysée. Cette exposition, c’est donc aussi le regard de la photographe sur son propre regard. Notez aussi que l’événement est né d’une étude minutieuse et inédite des archives personnelles de l'artiste, c’est ainsi que l’exposition se démarque des rétrospectives précédentes sur la photographe anversoise.

Martine Franck
FoMU - Fotomuseum Antwerpen
Waalsekaai 47 2000 Anvers
Jusqu'au 24 janvier
Sur réservation
Du mardi au dimanche de 10h à 16h30 
www.fomu.be


À noter que cette exposition s’accompagne de deux autres :

Lynne Cohen - Depth on the Surface

Il faut regarder au-delà de la surface pour pénétrer dans l’univers surréaliste et légèrement absurde de Lynne Cohen (1944-2014). Elle a exclusivement photographié des intérieurs pendant quatre décennies : installations militaires, locaux de classe, laboratoires... Qu’est-ce qui anime les concepteurs et utilisateurs de ces espaces clos ? Cohen nous fait entrer dans des lieux abandonnés par leurs occupants, qui n’ont laissé derrière eux que des signes énigmatiques.

Eamonn Doyle

Le FoMU a acheté l'œuvre unique Baggot Street du photographe irlandais Eamonn Doyle pour la collection. Eamonn Doyle a réalisé ce travail avec Niall Sweeney. Cet achat de collection est exposé au FOMU et, à partir du 14 novembre, l'installation Made in Dublin d'Eamonn Doyle sera exposée dans le centre-ville d'Anvers, au Wapper 7.

Astrid Jansen

journaliste

Licenciée en journalisme de l’IHECS et titulaire d’un master en science politique de l’ULB, Astrid Jansen s'est spécialisée dans le cinéma et le monde culturel belge. Depuis 2012, elle écrit pour le journal L’Avenir et collabore régulièrement avec la radio publique La Première, le magazine culturel Mu in the City ainsi que la revue française Les Fiches du Cinéma. Outre ces missions régulières, elle dit rarement non aux propositions qui peuvent enrichir son parcours, tels que des jurys (BIFFF, Toronto, Anima, ...) et autres missions culturelles ponctuelles. 

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