L’éternel été de Massao Mascaro

Oriane Thomasson
01 décembre 2021

Entre 2017 et 2020, le photographe Massao Mascaro a effectué de multiples voyages sur le pourtour du bassin méditerranéen, esquissant ainsi une trame narrative dont la mer constitue l’un des fils conducteurs. Son épopée puise ses origines dans le mythe fondateur de l’Odyssée. Ceuta, Naples, Athènes, Palerme, Istanbul, Tunis et Lampedusa sont pour Massao Mascaro les noms contemporains des étapes mythique que furent celles d’Ulysse chez les Lestrygons, Circé, ou encore chez le Cyclope Polyphème qui, à cause de sa barbarie, devint aveugle...

Au premier regard, les personnages des photographies en noir et blanc de Massao Mascaro semblent pris au piège d’un éternel soleil, englués dans la lumière comme le seraient des mouches dans du miel. Cette lumière implacable double les gens et les choses d’une ombre qui les accompagne, partout où le soleil les suit. Ce double d’obscurité que crée le soleil nous ramène à la dualité manichéenne du couple ombre/lumière. Pourtant, Massao Mascaro ne force pas les contrastes. La richesse de la palette de gris que le photographe déploie semble le fruit de cette harmonie qui résulte du juste équilibre entre ombre et lumière, sans user de contrastes violents, traduction visuelle d’une pensée poétique riche en nuances. L’éclatement des photographies sur les murs nous ramène à une fresque, immédiatement saisissable dans son ensemble, et dans laquelle il est possible de pénétrer de multiples façons. Chaque photographie est une entrée poétique qui porte en elle-même sa propre fiction : une jeune femme fixant un horizon lointain tout en masquant ses yeux pour les protéger de la lumière, une pieuvre minuscule, prisonnière du soleil échoué entre les dalles, le dos parsemé de gouttes de lumière d’un jeune homme faisant face à la mer...

Cette mer, on ne la voit pas dans les photographies de Massao Masscaro, on la sent, telle cette intuition qui nous la fait pressentir derrière un paysage, alors même qu’elle nous est encore cachée. Comme une Parque qui laisse filer entre ses doigts la vie des hommes, c’est elle qui lie et délie les trajectoires des peuples qui la traversent à travers leurs migrations. Les destins de ces jeunes chassés de leurs pays sont autant de fils qu’utilise Massao Mascaro pour tresser le portrait contemporain d’une jeunesse fière et tournée vers l’avenir. Les visages et les corps anonymes de ceux dont le photographe restitue l’antique beauté pourraient tous porter le nom qu’Ulysse donna d’abord au Cyclope avant de lui hurler le sien, une fois son navire éloigné sur la mer. Personne, c’est-à-dire tout le monde. Ils sont celles et ceux qui habitent ce territoire commun, à la croisée des grandes civilisations qui ont construit notre culture.

Massao Mascaro enseigne à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Son travail photographique oscille entre autobiographie, topographie, politique et poétique. Il a aussi ses propres ombres qui l’accompagnent, dont les noms sont Albert Camus, Jorge Luis Borges, Homère, Paul Valéry et bien d’autres. On peut retrouver certaines citations des auteurs qui ont nourri le parcours initiatique de l’artiste, encadrées sur l’un des murs de l’exposition, ainsi qu’une bibliographie, consultable sur place.

 

Massao Mascaro
Sub Sole
Fondation A
304 avenue van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu'au 19 décembre 
Du mercredi au dimanche de 13h à 18h
www.fondationastichting.com

Oriane Thomasson

Journaliste

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