L'horizon est bleu à la Fondation Moonens

Manon Paulus
27 février 2020

Depuis 2014, la Fondation Laurent Moonens met à disposition de jeunes artistes tout droit sortis de l’école des ateliers ainsi qu’un espace d’exposition commun, pour une durée de 9 mois. Durant l’année, chaque résident a la possibilité de réquisitionner le project space pour y présenter son travail avec le/les artistes de son choix. Pour la première carte blanche de l’année, c’est Daniele Coppola (Italie, 1990) qui investit les lieux avec comme invité Loïc Van Zeebroek (Belgique, 1994).

Les deux artistes partagent comme point de départ de leur recherche plastique un intérêt pour l’environnement, le paysage, le territoire. Avec sa pièce centrale, Daniele Coppola nous dit vouloir « établir une cartographie sensible du réel ». L’exposition se centre d’ailleurs autour du concept de psychogéographie emprunté aux situationnistes, qui s’intéresse aux représentations mentales des milieux géographiques.

Dispersés au centre de la salle, 3 pans de rideaux en velours bleu chutent du plafond. Si l’on pourrait d’abord penser que les rideaux sont aléatoirement repliés sur eux-mêmes, chacun délimite pourtant le contour d’une île, réelle ou imaginaire. Ces contours sont ici étirés jusqu’au plafond ; l’artiste modifie ainsi la traditionnelle cartographie vue du ciel pour la replacer dans un champ vertical qui serait alors une superposition de lignes d’horizon jusqu’à l’espace (le titre de l’exposition Per aspera ad astra signifie d’ailleurs Par des sentiers ardus, jusqu’aux étoiles). En mélangeant île réelle ou imaginaire, l’artiste joue sur l’ambivalence des représentations mentales : un territoire imaginaire existe dans l’univers interne des spectateurs, même s’il n’est pas concret. Par cette installation, Coppola appuie finalement l’idée que la carte n’est pas le territoire.

De part et d’autre de la salle, ce sont les peintures de Loïc Van Zeebroek qui occupent l’espace. On y voit des paysages d’inspirations diverses : une campagne dont seule la pixellisation vient semer le trouble, une marine à la façon des peintres hollandais, le bleu du ciel ou encore la représentation d’une carte géographique. Bien que ces divers paysages nous paraissent familiers, il n’est pas évident de les replacer avec certitude dans un contexte spatiotemporel particulier. Ils nous apparaissent à la fois proches et éloignés, perdus dans le temps. Que ce soit dans ses peintures figuratives ou monochromes, il est question de créer des espaces de contemplation et d’introspection d’où la représentation humaine est soigneusement évincée.

Aux autres extrémités de la salle, deux motifs identiques se répondent. À première vue ils laissent penser à une ligne de montagne, horizon bien familier de Coppola, originaire de Turin. Le premier motif, en relief, est surmonté par des feuilles d’or qui lui donnent l’air de rayonner comme un lever de soleil naissant à l’horizon. L’autre motif est, quant à lui, découpé à même une cloison et irradie de l’intérieur. L’artiste joue encore une fois sur l’ambiguïté entre notre perception et ce à quoi le motif se réfère : il suit en réalité le tracé d’une fissure entre deux coulées de lave sur l’île de Stromboli. Cette fissure est indexée par Coppola, comme compte rendu d’un état donné d’un paysage, tout en nous rappelant la constante et irrévocable évolution de tout environnement. Ces deux motifs sont associés à un autre élément bien familier de l’artiste depuis son arrivée en Belgique : des nuages, gravés à même la vitre et dont l’esthétique est inspirée des xylographies de Dürer. Ce symbole de légèreté est ici posé à même le sol. Dans un jeu d’opposition de lumière et d’obscurité, de relief et de planéité, de gravité et d’aérien, l’artiste trouble nos perceptions.

Il ne vous reste que quelques jours pour découvrir l'exposition !

Daniele Coppola & Loïc Van Zeebroek  
Per aspera ad astra        
Fondation Moonens     
50 rue Philippe de Champagne   
1000 Bruxelles 
Jusqu’au 1 mars            
Du samedi au dimanche, de 14h à 18h30 ou sur rendez-vous    
https://www.moonens.org/ 
       

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.

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