Frank Stella, mises en formes

Muriel de Crayencour
05 mai 2017

La Charles Riva Collection présente une exposition monographique de Frank Stella, avec juste quelques grandes pièces – moins de dix et toutes datant des années 1970 – accrochées aux cimaises de ce petit centre d'art privé.

Assemblages de pièces de bois peintes, formes géométriques emboîtées forment de grands reliefs dont les différentes zones et couleurs ajoutent une sensation de profondeur. Derrière l'indéniable élégance des propositions sculpturales et colorées, datant toutes des années 1970, se cache une source d'inspiration plus sombre. En 1970, Stella découvre la culture visuelle des Juifs de Pologne, à travers le livre de Maria et Kazimierz PiechotkaWooden Synagogues (1959). Dans cette époque prédigitale, cette identité visuelle mêlée au mouvement de l'abstraction américaine inspire l'artiste, qui fera 42 croquis à partir de ce livre.

Il produit ensuite des dessins graphiques, des maquettes, pour finalement réaliser 140 grands formats mêlant traces de l'architecture de ces synagogues, palette graphique limitée et envie propre de mettre en espace son inspiration, pour la première fois hors du cadre de la toile et du châssis. Il utilise la sérigraphie, la peinture et la découpe de pièces de bois. Il nomme ses œuvres Bogoria, Lanckorona, Odelsk and Olkienniki, noms des villes et villages polonais dans lesquels on trouvait encore, avant la guerre 1940-1945, des synagogues. Son objectif annoncé était de construire des peintures, d'échapper aux limitations des deux dimensions pour aller vers le relief, pour projeter sur le mur cette troisième dimension à laquelle il prétend. L'ensemble est d'une grande beauté. Et impressionnant de maîtrise.

On ne manquera pas le documentaire Imaginary Places, réalise par Frank Cantor, présentant Frank Stella travaillant avec son équipe à de nouvelles pièces. L'artiste a considérablement complexifié ses compositions, devenues presque des puzzles. Il démarre par des formes créées en jetant du métal en fusion sur du sable. Les formes éclatées qui en résultent sont additionnées d'autres formes découpées dans du bois. Le tout retranscrit en gigantesques pochoirs qui serviront pour passer de grands papiers dans la presse de gravure.

Frank Stella
Charles Riva Collection
21 rue de la Concorde
1050 Bruxelles
Jusqu'au 8 juillet
Du mercredi au vendredi de 11h à 18h, samedi de 14h à 18h
www.charlesrivacollection.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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