La parade de Jacqueline Devreux

Muriel de Crayencour
04 décembre 2021

A La Vitrine, espace d'exposition ouvert il y a à peine deux ans en face de sa galerie par Pierre Hallet, avec son associé Jean-Paul SimonJacqueline Devreux présente un ensemble remarquable de poupées-totems commencé lors du premier confinement et poursuivi durant toute la maladie de son amoureux. 

En vitrine, mais aussi dans le petit espace de la galerie, petites ou très grandes, les poupées de Devreux se dressent comme une tribu sauvage et libre. Nous vous en parlions déjà ici

Née à Bruxelles en 1963, diplômée de peinture à l’Institut supérieur Saint-Luc de Bruxelles, et de photographie à La Cambre, Devreux a peint de très nombreux portraits et autoportraits, avant de s'adonner au dessin, en séries très réussies qu'elle expose chez Hallet en 2017. En passant de la peinture au dessin, quelque chose s'est passé chez cette artiste : elle plongea dans un monde plus intime, plus fort et peut-être plus féroce.

Avec ses poupées, c'est un autre pas qui est franchi et bien franchi. On entre dans un univers brut, douloureux, sauvage et intense. Durant le premier confinement, Jacqueline Devreux utilise de vieux chiffons, des bouts de laine, du plâtre, du papier mâché, de l'argile et toutes autres matières qui lui tombent sous la main (faisant même des appels sur les réseaux sociaux pour récupérer des matériaux) pour dresser devant elle - et nous - les fantômes du passé, les égéries du présent, les preuves de son amour pour Pierre, les fantasmes et peurs qui l'habitent, sa rage, sa tendresse, des moments de vie, ses pensées. Un fil du temps, ses sculptures grandissent, se complexifient, s'intensifient. Telle est une madone à l'enfant, l'autre une gymnaste violentée, celle-ci semble venir des temps passés, cette autre prend des airs d'Art africain. Ce sont des reines et des rois de laine et de feutre, de ficelle et de métal, de grandes prêtresses et des petits princes, des femmes outragées, des hommes-totems, des divinités de tous les genres. Toutes se dressent devant vous et dansent une ronde à la fois joyeuse et macabre, celle de la vie et de la mort, de la joie et du chagrin, de la puissance et de la fragilité. Leur présence est dense, violente, presque folle. Ici, vous entrez dans une forêt d'âmes, chacune investie d'un message profondément humain. Elles vous entourent, chacune vous parle, vous raconte à l'oreille une histoire courte et douce, une incantation qui vous arrache des larmes. 

"Durant la maladie de Pierre, je travaillais la nuit, et le matin, Pierre découvrait la nouvelle poupée sur la table. Il riait, ça le faisait rire" ,dit-elle. "Faire de la sculpture, c'est tenir debout", ajoute l'artiste qui a construit cette exposition comme un hommage à son époux, le galeriste Pierre Hallet, parti rejoindre les étoiles en mai de cette année. Elle a invité deux autres artistes à intégrer quelques-unes de leurs œuvres dans la parade de ses totems et fétiches. C'est à voir jusque fin décembre.

Jacqueline Devreux
Freaks Totems
La Vitrine
18 rue Ernest Allard
1000 Bruxelles
Jusqu'au 31 décembre
Du jeudi au samedi de 14h30 à 18h30
Le dimanche sur rdvs 0496 43 53 63

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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