Tête-à-tête avec les créatures de Reinhoud

Estelle Magalhàes
04 novembre 2021

À la galerie Laurentin, l’exposition Reinhoud, un univers extravagant présente quelque trente sculptures de l’artiste belge, originaire de Grammont, ainsi que plusieurs de ses dessins et monotypes. Un imaginaire varié et angoissant se dessine tout au long d’une visite sur deux étages. À voir jusqu’au 20 novembre.

Dans le monde de Reinhoud (1928-2007), l’animal se confond avec l’humain et vice versa. Vous y croiserez très certainement un individu vêtu d’un knicker avec une trompe en guise de nez et des Personnages verts, sortes de têtes de poisson posées sur des corps humains. De cet anthropomorphisme ou zoomorphisme décalé est né un bestiaire unique, construit durant une carrière de plusieurs dizaines d'années. Bien qu’issues de diverses étapes du parcours de l’artiste, les œuvres à voir sont sans exception le produit de cette exploration et cette mutation constantes des morphologies humaines, animales et végétales. Gravures non datées, encres sur papier des années 1970 et sculptures diverses se jouxtent, un univers fantastique, peuplé de figures aussi curieuses que ténébreuses. 

Alors que trois sculptures animent un paysage végétal aménagé à l’extrémité arrière de la galerie, d’autres, en cuivre ou demi-rouge, s’érigent en créatures telluriques. Ces dernières représentent souvent de drôles d’insectes, auxquels Reinhoud voue une passion toute particulière. Il est pourtant impossible de les reconnaître, tant les associations surprennent, tant les proportions ne sont pas conformes à la réalité. Comme si cela ne suffisait pas, l’artiste a choisi des intitulés qui nous confondent davantage. Gagner du temps et Vous en êtes ? sont des formules que l’on pourrait imaginer prononcées par ces créatures. Ce n’est donc pas tant un traité entomologique ou sur toute autre espèce que Reinhoud nous propose. Bien au contraire, il s’agit d’un regard singulier sur le monde, d’un art effronté qui sort des sentiers battus.

En d'autres termes, l'artiste s’écarte de la norme. C’est d’ailleurs le credo du groupe CoBrA, dont il a fait partie. C’est aussi le propre du réalisme magique, selon la définition du cinéaste belge André Delvaux. Malgré une carrière menée principalement en France et quelque peu aux États-Unis, l’œuvre de Reinhoud se rattache également à cette tradition, représentée par plusieurs artistes en Belgique. Chacune de ses créations repose sur l’ordinaire pour en faire ressortir subtilement toute la magie qu’il renferme. Prenez l’Arbre à nichons, qui de loin pourrait se faire passer pour un arbre classique tandis que ses branchages sont remplacés par des seins. The professional, œuvre inspirée de la culture outre-Atlantique, représente un joueur de football américain. Reproduction d’une réalité, qui pourtant se laisse aussi contaminer par l’imaginaire : en dessous du casque, le vide… la tête du joueur est son ballon... qui se trouve dans sa main. Tant d'écarts qui font de l'œuvre de Reinhoud un pied de nez incessant.

Reinhoud, un univers extravagant    
43 rue Ernest Allard
1000 Bruxelles          
Jusqu’au 20 novembre          
Du mardi au samedi de 10h30 à 13h et de 14h à 18h30
https://www.galerie-laurentin.com

Estelle Magalhàes

Journaliste

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