L'art de demain, en germe aujourd'hui

Gilles Bechet
10 septembre 2021

L'expo Generation Brussels organisée dans le cadre du Brussels Gallery Weekend, rassemble dix tout jeunes artistes bruxellois dans une exposition passionnante à la Tour à Plomb. Zeynep Kubat et Dagmar Dirkx, toutes jeunes elles aussi, ont rassemblé des artistes qui n'ont pas ou peu exposé en galerie. A peine sortis de l'école, elles et ils font preuve d'une belle maturité artistique partageant un besoin et une envie d'être en connexion avec eux-mêmes ou avec leur environnement.

Notre terre nourricière

A l'ombre de l'ancienne tour à plomb se dresse une installation de Axel Korban. Dans une approche transdisciplinaire à l'image des artistes de cette génération, il mélange et détourne les matériaux dans cette cabine de douche pour se laver l'esprit sous le regard bienveillant de divinités moulées dans du savon. Ugo Woatzi propose des photos imprimées sur papier et sur tissus. Des images gorgées de couleur, qui jouent à cache-cache avec l'identité et le genre. Un tissu solaire ponctué de la phrase Les hommes me font peur est comme un mantra adressé aux codes de la masculinité traditionnelle. Une installation de Karolien Chromiak s'étend au centre de la pièce pour nous rappeler que la terre nourricière que nous sommes en train d'affamer est notre foyer. Une belle vidéo lui fait écho où l'artiste réconcilie nature et technologie par le toucher et par l'empathie.
C'est un foyer de drapés de tissu que Günbike Erdemir dresse dans un coin pour y abriter son monde magique. Dans cette grotte textile ornée de miniatures de scènes érotiques dans des cadres en faïence, sont dispersés des objets en céramique, coussins et tables en croix où le Coran à laissé la place à des recueils de dessins. Au centre de l'espace, une outre ouverte débordant de pièces brillantes en céramique, un trésor exhumé des profondeurs de la terre et du passé, comme autant de portes bonheur pour rappeler que la beauté est aussi intérieure.

Regard mâle

Clémentine Coupau présente un travail autour d'un masque de perles inspiré par celui qui figure dans la série des Shéhérazade de Magritte. Cet objet paradoxal entre dissimulation et ostentation est un renvoi ironique au regard mâle. Il prend la parole dans des vidéos animées où l'on entend des conseils et protocoles de soin pareils à ceux d'un oracle de la santé. Elle poursuit son travail de réflexion en posant le masque sur des portraits de femmes écrivains, comme ici Anne Richter, auteur et spécialiste belge du fantastique féminin. A l'étage sont rassemblés des artistes qui explorent des sentiments plus intérieurs. Thiaba Dio Egutchi, d'origine japonaise et africaine, évoque dans sa délicate installation, le natsukashii sentiment d'une nostalgie qu'elle lie à l'enfance. Des gants en tissus pendent comme des totems en diffusant chansons et comptines que l'on peut écouter en s'allongeant sur la couche prévue à cet effet.

Lac artificiel

Eléonore Joulin joue avec les frontières parfois ténues entre la sculpture et le design, détournant des objets du quotidien pour en faire d'autres objets à vivre. Un banal T shirt, quand il s'habille de céramique, peut devenir un plat ou une lampe. Elle revisite aussi avec humour des jalons de l'histoire de l'architecture pour en faire des maisons-lampes parfois truffées de saucisses.
Estelle Saignes propose un série de tapisseries inspirées par des vues aériennes de piscines construites près d'un lac artificiel dans le New Jersey où son grand-père possède une maison. Croquis déstructurés, ces zones de loisir privées, expression de l'individualisme ostentatoire deviennent un langage formel presque abstrait qu'elle relie par un énigmatique poème.
Dans son travail photo et vidéo, Jean-Samuel N'Sengi interroge les incarnations du genre, la relation avec son corps. Rebecca Quix détourne des objets du quotidien dans des sculptures d'une douce étrangeté. Dix artistes qu'on se réjouit donc de retrouver d'ici quelques années dans le développement d'un travail prometteur.

 

Generation Brussels
Centre de la Tour à Plomb
24 rue de l'abattoir
1000 Bruxelles

Lebeau building
16 rue Lebeau
1000 Bruxelles
Jusqu'au12 septembre de 11h à 19h
www.brusselsgalleryweekend.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.