Georges Noël, écritures lyriques

Muriel de Crayencour
09 février 2020

Le galeriste Pierre Hallet est un grand amoureux de l'œuvre de Georges Noël, dont il présente une nouvelle fois les peintures jusqu'au 3 mars, pour la plupart de grands formats carrés produits durant les dernières années de sa vie. 

Georges Noël (1924-2010) grandit à Pau. À 18 ans, pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe activement à la Résistance, s’engageant dans le maquis aux côtés de son père. Après la guerre, et des études d’ingénieur et de peinture, il travaille pendant neuf ans pour une entreprise d’aéronautique. En 1956, il s’installe à Paris afin de se consacrer entièrement à la peinture. Il se passionne pour Dubuffet, Klee, Pollock et Fontana, et découvre les photos de graffiti de Brassaï. Il peint, sculpte et grave. Durant cette première période, sa peinture est associée à l’art informel français et italien. Il s'installe à New York de 1969 à 1983, où sa peinture prendra un style plus structuré. 

Sa patte si reconnaissable se déploie sur une surface dont il met au point la texture, un mélange de pigments purs, de sable et de colle qui produit une matière brute, granuleuse ou veloutée, épaisse, formant une croûte qu'on peut gratter, inciser, racler ou rehausser. Sur cette matière, il trace une écriture enjouée, vive : spirales, hachures, courbes élancées, en un grand mouvement proprement musical. 

Ainsi, pour Der Freischütz, il s'inspire de l'opéra allemand éponyme de Carl Maria von Weber, créé à Berlin en 1821 et considéré aujourd'hui comme l'un des premiers opéras romantiques. Sur un fond vert dense, riche, les traits blancs sont faits par grattage de la matière, révélant le fond. Ils forment comme une épaisse végétation dansante : branches et feuilles doucement balancées par le vent. 

Avec Star Trek - qui se traduit littéralement par "randonnée d'une étoile" et pas uniquement comme une épopée cinématographique ! -,  l'artiste donne à voir une Voie lactée somptueusement bleu foncé et noire, trouée par quelques grands traits blancs incisés dans la matière et le scintillement des étoiles rendu par un granulé irisé de la surface. Mais encore Dreaming Window montre un simple carré sur une surface crémeuse, marquée et hachurée. La date, en haut à gauche, immense, fait partie du jeu de graffiti, comme la signature, en bas.  

Geroges Noël
Galerie Pierre Hallet

33 rue Ernest Allard
1000 Bruxelles
Jusqu'au 7 mars
Du mercredi au samedi de 14h30 à 18h30
http://www.galeriepierrehallet.com/         

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.