Gérald Vatrin et la transcendance du verre

Caroline Roure
23 juin 2021

Le Musée du Verre de Charleroi, situé sur l’ancien site de charbonnage à Marcinelle, Le Bois du Cazier, propose une exposition monographique de l’artiste verrier Gérald Vatrin, I NI TAAMA, qui vise à abolir définitivement la distinction entre travail artisanal et travail artistique. Vatrin dit lui-même qu’il n’aime pas le verre pour le verre, et que la seule chose qui l’intéresse c’est de le transcender. L'artiste dépasse les limites du matériau en jouant avec la transparence, l’opacité, les couleurs et la gravure.  

Diplômé en Arts plastiques de l’École des Beaux-Arts d’Épinal (France) et du Centre européen de recherche et de formation aux Arts verriers (Cerfav) de Vannes-le-Châtel en Lorraine, Gérald Vatrin est un artiste-artisan hors norme. Il sublime le verre avec des méthodes improbables engrangées lors de ses divers voyages. En 2002, il s’aventure au Mali, où il s’imprègne des cultures et des croyances locales, se familiarise avec la terre crue et le cuir qu’il intègre dans ses compositions de verre. Du Mali, il prend aussi l’usage de la couture pour rapiécer, réparer le verre après l’avoir intentionnellement maltraité. Certaines de ses œuvres apparaissent comme rescapées et restaurées par une série de pièces qui forment un patchwork de tessons. L'artiste a une fascination pour les cicatrices, marqueurs du temps qui passe. Dans ses œuvres, il intègre également des amulettes de protection composées de cuir, de perles de verre, de poils, de cauris, d’os et d’autres éléments organiques. Son travail est un trait d’union entre le continent africain et européen. Il puise également son inspiration dans l’héritage nancéien du verre et de sa figure emblématique Émile Gallé. Il en reprend les techniques traditionnelles comme celle de la roue diamantée et explore les motifs animaliers et végétaux typiques de l’Art Nouveau.

Notez ses œuvres ovoïdes qui exhibent le creux, le vide au centre de la forme, nous faisant apercevoir leur antre secret. Gérald Vatrin cherche à mettre en scène la perforation et nous invite à parcourir l’œuvre à traverser ce vide central. Il intègre dans les orifices des fils en cuir qui tissent des perspectives intéressantes. Percer le verre, c’est aussi en abolir toute possibilité que la forme soit utilisée comme un vase. L’objet devient alors œuvre d’art.

Notre curiosité est au beau fixe, tant ces formes ovoïdes opacifiées par un sablage de poudre de verre ou de laiton nous intriguent. Une envie de toucher irrépressible nous saisit. Le verre soufflé est parfois méconnaissable et nous donne l’impression d’être face à des compositions en céramique. Selon l’artiste, « Le verre n’est pas que transparence, on peut le travailler dans son opacité ! ».

Cette année, Gérald Vatrin a prévu de partir au Japon pour continuer son périple et entamer une résidence à Kanazawa. Ce sera l’occasion pour lui d’expérimenter le bambou et la laque, ce qui promet une série d’œuvres innovantes.  

Assurément, il ne faut pas manquer cette exposition au Musée du Verre de Charleroi qui présente plus qu’un artisan du verre mais un artiste, qui maîtrise la fusion des matériaux, des techniques et des traditions de différentes cultures pour nous proposer un merveilleux voyage.

Outre le musée, l’ancien charbonnage a été complètement rénové en 2002, abrite une cafétéria, un musée de l’industrie, la reconstitution d’une galerie de mine et un mémorial aux 262 mineurs tués dans l’incendie de la mine du 9 août 1956. Aux alentours, les corons, les quartiers ouvriers et l’escalade d’un terril pour atteindre un observatoire d’où l’on a une vue imprenable sur Charleroi. À voir.

 

Gérald Vatrin
I NI TAAMA

Musée du Verre de Charleroi
80 rue du Cazier
6001 Marcinelle
Jusqu’au 3 octobre
Du mardi au vendredi de 9h à 17h
Samedi et dimanche de 10h à 18h
charleroi-museum.be

Caroline Roure

Journaliste