Gérald Vatrin, 20 ans de verre

Muriel de Crayencour
28 novembre 2019

A Bruxelles, la rétrospective de l'artiste Gérald Vatrin chez Mathilde Hatzenberger Gallery poursuit son cours. Cet artiste verrier français présente 20 années de créations au fil d'un savoir-faire ancestral et d'une impressionnante maîtrise de la main. 

Originaire de Nancy, diplômé de l'Ecole des Beaux-arts d’Epinal il y a plus de 20 ans, il n'avait alors pas encore trouvé son médium. "C'est en voyant un maître-verrier travailler sur une foire de village dans les Vosges, raconte-t-il, que j'ai été subjugué par le verre." Il poursuivra alors sa formation  par un CAP - arts et techniques du verre, option soufflage à main levée, puis au Centre européen de Recherche et de Formation aux Arts verriers (CERFAV). Ce savoir-faire, il le met d'abord au service d'autres artistes en travaillant au CIRVA à Marseille, puis il déploie ses propres créations. Ses œuvres sont entre autres exposées dans les collections permanentes du Victoria and Albert Museum de Londres

Le travail du verre demande une maîtrise de la main qui s'acquiert longuement. Il s'agit d'abord d'être capable de souffler une forme symétrique, parfaitement ronde. Puis de l'émailler et de la tailler. Plus tard, Vatrin va vers des formes asymétriques, qui demandent encore plus de dextérité, puisqu'il faut souffler un volume dont les parois restent de la même épaisseur, pour éviter les tensions et la casse. Le travail de gravure, lent et minutieux, demande lui aussi une main qui s'est exercée au fil des années. Ce savoir-faire et ce lent travail chargent les pièces d'une intensité perceptible. Comme si le faire produisait de l'émotion. Passionnant.  

Sur des socles en bois blonds fixés au mur et sur deux caisses au centre de l'espace, les formes gracieuses et intenses de Vatrin ont été sélectionnées parmi 20 années de création. Les premières pièces, rondes et symétriques, puis les œuvres plus organiques, comme des ventres, des seins...  Voyez Fleurs printanières (2009), arrondi comme un sein, sensuel, l'objet est gravé de fleurs gris bleuté sur verre orange.

Troublé par le trou laissé dans la forme par la canne de soufflage, notre œil nous dit : vase ! Mais ceci n'est pas un vase. C'est un objet en verre. Pour sa série de Paysages, Vatrin travaille des textures mates : roche sèche, cailloux... L'objet prend des allures de totem, posé là, hiératique, ancestral. D'autres pièces sont inspirées par ses années au Mali et sont des amulettes, soufflées, émaillées, gravées puis garnies de perles de bois, lien de cuir, coquillages...  "La main me guide, dit-il. Soit on s'y met et on fait ça tous les jours. Cette pratique m'inquiète tous les jours. Je m'interroge sur comment faire chaque pièce. C'est une rencontre avec chacune d'elles.

Les pièces seront changées pour en présenter d'autres dans la Partie II, à partir du 5 décembre.

Gérald Vatrin
20 ans
Mathilde Hatzenberger Gallery
145 rue Washington
1050 Bruxelles
Partie I jusqu'au 30 novembre
Partie II du 5 au 21 décembre
Jeudi et vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.eu

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.