La beauté fragile de Gudny Rosa Ingimarsdottir

Gilles Bechet
07 novembre 2019

Nouveau solo de l'artiste islandaise Gudny Rosa Ingimarsdottir à la Irène Laub Gallery. C’est une exposition qui ne se livre pas au premier regard. C’est un territoire à explorer comme on part à la découverte de contrées insoupçonnées. C’est sur la pointe de pieds qu’il convient d’aborder cette œuvre réalisée à la pointe de l’aiguille.

Gudny Rosa Ingimarsdottir (1969, Reykjavik) a fait du papier la matière première de son travail. Du papier calque, papier Japon, papier carbone qu’elle assemble, colle, coud et superpose comme un épiderme couvrant les autres couches de peau. Avec candeur et curiosité, l’artiste islandaise s’applique à extraire de son matériau des réactions inattendues après l’avoir poncé, ou même glissé sous la douche. Au bout de ces manipulations, il y a un jeu de trompe l'œil qui se fait clin d'œil quand elle perfore à la machine à écrire une feuille de papier carbone pour créer l’illusion d’une archaïque composition informatique. Et face à ces compostions, il est souvent difficile de discerner ce qui les constitue. Rien de figuratif, mais des formes parfois strictes et géométriques, parfois diffuses comme habitées par une lente transformation organique. Quelques lignes de texte concises et évasives comme un haïku peuvent accompagner une composition. Il peut aussi s’agir d’une seule phrase qui vient commenter ou donner son titre à une œuvre intitulée 8 miniatures mélancoliques avec une pointe d’optimisme. Comme ces mots l’indiquent, le travail de l’artiste est profondément lié à ses émotions et à son état d’esprit, tel un journal non-verbal témoignant de sa météo intime. Par sa précision et sa patience devant les mutations de la matière, la quête de Ingimarsdottir rappelle celle des chercheurs. Certaines de ces œuvres ne sont d’ailleurs pas sans évoquer les images qui apparaissent sous la lentille d’un microscope, quand l’infiniment petit révèle des beautés insoupçonnées soudainement proches de l’infiniment grand. Le lever de soleil auquel le titre de l’exposition fait allusion n’est pas celui qui illumine l’horizon des grands espaces, mais celui plus vaste encore de notre imagination.

Gudny Rosa Ingimarsdottir
... (inner sunrise)
Irène Laub Gallery
29 rue Van Eyck
1050 Bruxelles
Jusqu’au 21 décembre
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.irenelaubgallery.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.