Hélène de Gottal, dentellière

Muriel de Crayencour
24 octobre 2019

A la Galerie Lin Deletaille, rue aux Laines, Hélène de Gottal présente sculptures, dessins et papiers ajourés. Métamorphoses est à voir jusqu'au 9 novembre. 

Plusieurs pierres, fragments de roches, les unes posées sur socle, d'autres comme des petits totems fixés au mur. Elles sont toutes rehaussées d'une dentelle ajourée au fil de coton blanc. Enchâssée dans ce délicat écrin, la pierre noire, minéral ramassé et choisi par l'artiste pour sa forme, sa couleur sombre, sa beauté, prend des airs de reliquaire, fluctuant entre force et fragilité. Hélène de Gottal (Belgique, 1963) s'est formée à la dentelle. Ce médium permet littéralement de dessiner au fil. Ce fil suit les formes accidentées des petits fragments de roche, y traçant des lignes, des horizons, des paysages. Inspirée par les premiers emballages de Christo ou les bondages sensuels d'Araki, de Gottal emporte dans le champ de l'art ces pierres rassemblées pour leur beauté et qui attendent un nouveau destin, ajouré, sur les étagères de son atelier. Y voir aussi la surface, le lieu où se poser. 

Une autre série d'œuvres, des dessins sur calques, présentent des nuées de mouches, volantes, mouvantes. On est passé du minéral à l'air. Dans cet élément qui nous entoure et que nous respirons, des insectes volent. Les mouches attendent de pouvoir se nourrir de choses ou corps inertes. Cet insecte peu aimé est essentiel au cycle de la vie. Hélène de Gottal en pose au crayon graphite, sur des calques, qu'elle superpose. Elles semblent voler dans un air un peu cotonneux. Ce sont les mouches des vanités, des natures mortes de l'art ancien : toujours une sur un fruit ou une fleur pour rappeler que nous allons tous mourir. Que la vie est fragile.

Plus loin, un carnet dont chaque page est entièrement découpée et ajourée pour devenir dentelle. Entre le plein et le vide, le léger et le lourd, le solide et le fragile, aux interstices de tous ces éléments, l'artiste tisse - telle une dentellière - un langage d'une sombre beauté. Pierres comme des totems, dentelles et mouches comme des petits signaux à regarder avec attention. Entre ces deux pôles, nous, pauvres humains...  

La galerie présente Hélène de Gottal sur son stand à Art on Paper qui s'ouvre demain. 

Hélène de Gottal
Métamorphoses
Galerie Lin Deletaille
32 rue aux Laines
1000 Bruxelles
Jusqu'au 9 novembre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
https://www.deletaille.gallery/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.