Hell'O, les couleurs du réconfort

Gilles Bechet
28 mai 2021

Antoine Detaille et Jérôme Meynen, du duo Hell'O, présentent chez Alice Gallery leurs dessins réalisés pendant leur confinement. La beauté discrète des petites choses du quotidien.

Les murs de la galerie affichent de douces couleurs pastel. Chaque cadre accroché est comme une fenêtre sur l'intimité poétique vécue en période de confinement par Antoine Detaille et Jérôme Meynen, pile et face de Hell'O, le duo surtout connu pour ses grandes fresques urbaines. C'est de leurs grands yeux noirs qu'une famille de personnages-vases fixe le visiteur, feuilles et fleurs délicatement étalées sur le blanc du papier. « Ça va aller », rassurent-ils dans un murmure léger comme une brise parfumée. « Voyez comme on est bien à la maison. »

« Pendant le confinement, on a commencé à travailler chacun de notre côté et on s'est rendu compte que nos dessins racontaient la même chose, les objets du quotidien ou nos envies d'extérieur. C'était très cohérent », précise Antoine Detaille.

Dans la trentaine de dessins à l'acrylique, réalisés en solo par les deux artistes, mais toujours signés Hell'O, on retrouve tout l'univers caractéristique du duo. Les hommes-oiseaux, les trames géométriques, la végétation, les fragments d'ADN et les jambes de mannequin, les formes organiques ou les ciels étoilés. Le tout est tellement homogène qu'il faut vraiment bien les connaître pour arriver à identifier qui a fait quoi.


Un mantra rassurant

Dans cette accumulation épurée d'objets et de motifs oniriques viennent se glisser quelques compagnons du quotidien confiné, livres, tapis, vases et corbeilles de fruits. Le tout impeccablement et géométriquement rangé comme un cabinet de curiosités.
Les oiseaux, souvent apprivoisés par le duo, ont déserté le papier. Par contre, des fenêtres apparaissent comme autant de respirations et la promesse d'un ailleurs dans le temps et dans l'espace. Sur un des dessins, un vase retient son bouquet de feuilles fanées alors que, par-delà la fenêtre, une végétation luxuriante se déploie.

Comme si le dessin agissait tel un mantra rassurant ou un doudou graphique, Hell'O convoque au bout du pinceau ce qui leur fait du bien. Avec parfois quelques nouveautés. « Au cours de quelques balades que j'ai faites pendant le premier confinement, j'ai beaucoup regardé les fleurs, et du coup elles ont commencé à apparaître dans mes dessins. »

Redécouverte de l'espace domestique et de l'espace mental, ces dessins sont à prendre comme une pause et une respiration. « Le défi pour nous était de se calmer par rapport à la frénésie qui envahit souvent les fresques, le cloud de dessins, comme on les appelle, pour isoler des pièces. » Comme le chante David Byrne dans This Must Be the Place, la chanson qui donne son titre à l'expo. « Hi yo I got plenty of time. Hi yo you got light in your eyes. » Il y a de la lumière chez les Hell'O et on a envie de rester.

 

Hell'O
This must be the place
Alice Gallery
4 rue du Pays de Liège 

1000 Bruxelles
Jusqu'au 19 juin 
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.alicebxl.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.