Dans les papiers intimes de Souvereyns et Bourgeois

Gilles Bechet
05 décembre 2019

La Hopstreet Gallery invite jusqu'au 21 décembre un duo d’artistes qui ont en commun une approche sculpturale du dessin et du support.

 

Il y a des œuvres qui vibrent d’une indéfinissable poésie difficile à expliquer. Comme celles de Fabrice Souvereyns et Paul Bourgeois, tous deux réunis à la Hopstreet Gallery. Deux artistes aux pratiques très différentes, mais qui se rapprochent par cette même volonté de pénétrer leur support qui devient alors matière à sculpture autant qu’à dessin.

Chez Fabrice Souvereyns, les moyens sont volontairement limités. Du papier simili Japon, un crayon, une gomme et un couteau. Sous la pression de la pointe de son crayon, l’artiste entame le papier pour ensuite gommer les traces de graphite et ne laisser sur la surface blanche que des empreintes semblables à celles de fossiles qui se répètent. Parfois, le gris du dessin reste visible à certains endroits de la feuille. Il travaille obsessionnellement et méticuleusement, un dessin à la fois, du début à la fin. Quand on prend le temps de les regarder, à œil reposé, on y découvre des choses, ici un paysage de montagne, là un tapis avec sa bordure de couleur. Parfois aussi de délicats collages en forme de feuille ou de plume viennent se poser sur le papier comme portés par un vent intérieur. Entre dessin, sculpture et gravure, le travail de Fabrice Souvereyns capte des traces de ce qui n’a jamais existé ailleurs que dans notre imagination.

Paul Bourgeois a pratiqué la peinture, il y a de cela bien longtemps. Aujourd’hui, il a abandonné pinceaux et couleurs pour une écriture singulière faite de minuscules perforations qui se répètent avec une régularité indécise, presque comme une respiration. Pour ce qui est du support de ces trouées, l’artiste utilise des papiers trouvés, une vieille affiche de cinéma qui a traîné dans les rigoles d’une rue battue par la pluie, des pages d’un vieux livre sur la préparation du vin, souillé de taches, tous ces papiers déchirés, délavés, maculés et anonymes deviennent des œuvres uniques couvertes d’une écriture incompréhensible mais tellement humaine.

Paul Bourgeois est aussi auteur de modestes sculptures, accumulations pyramidales de petites boîtes emballées de papiers décolorés où des collègues artistes ont recueilli quelques poussières et déchets à l’issue d’une de leurs expositions. Ces dérisoires monuments aux insignifiantes traces de notre passage sont d’une troublante poésie.

Fabrice Souvereyns, Dancing with Pencils
Paul Bourgeois, Perforations
Hopstreet Gallery
109 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
jusqu’au 21 décembre
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.hopstreet.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.