Le minimalisme mélancolique d'Ingrid Godon

Gilles Bechet
07 novembre 2019

Pour quelques jours encore, à voir à la Galerie Artitude, les dessins d'Ingrid Godon. Illustratrice, elle a longtemps travaillé dans le domaine du livre jeunesse et publie depuis les années 1990. L'exposition est organisée dans le cadre du Picture ! Festival.

Quelques lignes, un trait délicat, effleuré, quelques taches de couleur. Ingrid Godon (Wilrijk, 1958) travaille à l’économie. Et à la justesse. Deux points pour les yeux, une bouche esquissée, le contour d’une silhouette pour capter une attitude. Elle travaille vite, sans repentir, retient les traces et les accidents. Ses dessins au vide apparent contiennent beaucoup d’émotions, le temps qui passe quand on ne dit rien. Parfois son trait se fait plus précis, plus physionomiste. Quand elle ne dessine pas, l’artiste aime regarder les gens, leurs attitudes, leurs visages. Dans la file d’un magasin, dans la rue ou dans les transports en commun, elle absorbe des bouffées d’humanité qu’elle restitue sans le savoir des jours ou des semaines plus tard par la magie de son trait. D’aucuns voient dans ses images, une galerie de personnages solitaires, ils seraient plutôt mélancoliques, par cette capacité qu’elle a de capter tout un monde. Ingrid Godon s’est fait connaître dans l’illustration de livres pour enfants. La série Nellie et Cezar, c’est elle. Mais son dessin s’est, depuis une dizaine, d’années libéré des contraintes éditoriales de la littérature jeune public pour se métamorphoser en fonction des projets.

La plupart des dessins exposés sont extraits du livre Dantesken, un ouvrage de 640 pages, édité chez Borgerhoff & Lamberigts, où elle assemble le résultat de ses recherches libres. Le titre, suggéré par son éditeur, fait référence à l’auteur de la Divine Comédie, comme si la lecture de son œuvre s’opérait par cercles concentriques et imbriqués. Dessinatrice impulsive et jamais rassasiée après 40 ans de métier, elle tend vers la simplicité et l’évidence du trait comme une plante tend vers la lumière. Elle aime y multiplier les techniques crayon, pastel, monotype, gravure sur bois qu’elle couche sur toutes sortes de papiers, jaunis décolorés et donc plein de vie. Elle multiplie aussi les sources d’inspiration, feuilletant parfois les vieux albums de photos pour s’arrêter devant des portraits d’inconnus, qu’elle restitue en dessin comme dans une conversation en différé.

Ingrid Godon
Dantesken
Galerie Artitude
23 Rue de la Longue Haie
1000 Bruxelles
Jusqu’au 10 novembre
Du mardi au samedi de 14h à 18h
www.artitude.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.