Israel Ariño, fragments poétiques

Muriel de Crayencour
20 décembre 2018

C'est la première exposition d'Israel Ariño à la Box Galerie à Bruxelles. Ce photographe espagnol y présente la quasi totalité des images de sa série La pesanteur du lieu, réalisées en octobre et novembre 2016 lors de sa résidence au domaine de Kerguéhennec, dans le Morbihan.

Dès l'entrée, l'évanescence des photographies d'Israel Ariño (Barcelone, 1974) vous emplissent d'une profonde mélancolie. Brume, pénombre, parcelles d'arbres, fragments de corps, ses tirages aux sels d'argent, au rendu presque métallique, évoquent mais ne décrivent rien. Si l'artiste a bien arpenté le domaine de Kerguéhennec, il ne nous le détaille pas. Peu importe le lieu, il s'agit plutôt du moment, l'aube, peut-être, ou le crépuscule, cet instant presque sans lumière, où tout surgit ou est en train de disparaître dans la pénombre. Il y a quelques minutes, ou dans quelques minutes, le noir de la nuit engloutira tout. La poésie et la mélancolie surgissent de cet entre-deux, voyez ces deux arbres, ombres découpées sur le ciel gris, voyez cette femme nue de dos, sa silhouette comme enfoncée dans la pénombre. Ou encore cette petite cabane blanche, sur fond noir. Corps, végétaux, animaux sont traités de la même manière : une trace mélancolique sur nos rétines.

Dans la deuxième salle, d'autres photographies de séries plus anciennes, avec toujours ce délicat jeu du noir et du blanc et une infinie poésie.

Les images d'Israel Ariño sont accompagnées des vases en grès de Françoise Cludts. Cette céramiste utilise la photographie pour créer un décor sur ses pièces : vues de forêts et sous-bois, ramenées de longues promenades. Imprimées sur le grès, elles s'accordent avec beaucoup d'à-propos à la céramique oxydée et émaillée qui prend parfois des tons de vert pâle, parfois de beige un peu jauni.  Cette série nommée Improbables silences se mêlent parfaitement aux clichés brumeux et sombres d'Israel Ariño. A voir.

 

Israel Ariño
Françoise Cludts
Box Galerie
102 chaussée de Vleurgat
1050 Bruxelles
Jusqu'au 12 janvier 2019
Du mercredi au samedi de 12h à 18h
Fermé du 26 décembre au 1er janvier
www.boxgalerie.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.