Istanbul loin des clichés

Muriel de Crayencour
07 novembre 2015

C'est Istanbul, ville en perpétuelle mutation, imperméable à toute généralisation, riche de cultures multiples, qui est au centre d'une exposition de photographies, Imagine Istanbul, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, et l'objet d'un ensemble de quatre livrets assemblés dans un très élégant étui de carton brut, édité chez Lannoo.

Un premier livret est consacré au photographe Ara Güler (1928), légende de la photographie en Turquie au XXe siècle et surnommé l'œil d'Istanbul. Durant trois-quarts de siècle, il a photographié sa ville sans relâche, produisant une œuvre qu'on pourrait relier à celle de Cartier-Bresson pour la tendresse du regard, la manière de capturer les gens dans leur quotidien et la palette de gris et noirs. L'écrivain Orhan Pamuk écrit à son sujet : « La plus grande réussite d'Ara Güler est d'avoir réalisé un mémorial visuel qui restitue la ville dans toute sa richesse et sa poésie. Chaque fois que j'analyse les détails des photographies d'Istanbul de Güler, j'ai envie de m'installer à mon bureau pour écrire sur la ville. »

Le deuxième livret est consacré à Ali Taptik (1983) qui s'empare de la ville pour créer des mises en scène qui parlent de ses propres états émotionnels. Il s'agit ici d'un autoportrait plutôt que d'un portrait d'Istanbul.

Autre vision encore, celle d'Ahmet Polat (1977), d'origine turco-néerlandaise, qui donne à voir les multiples visages de la famille, au travers de celles qu'il croise au fil de ses pérégrinations dans la ville. C'est sans doute sa double origine familiale qui crée un besoin de compréhension des liens affectifs et des tensions qu'on retrouve dans chaque cellule familiale. Prises sur le vif, ses photographies parlent en effet de ce qui relie les humains entre eux.

Le quatrième livret est une présentation générale de l'exposition. On y découvre des clichés stambouliotes du XIXe siècle. Ainsi que les sublimes vidéos de Sophie Calle, qui a rencontré à Istanbul – ville entourée d'eau – des gens qui n'avaient jamais vu la mer. Elle les a emmenés sur la plage, les a filmés de dos, regardant la mer noire, puis de face, juste après avoir vu cette étendue d'eau pour la première fois. Mais encore, la photographe Bieke Depoorter est partie en résidence à Istanbul dans le cadre d'Europalia. Elle en a ramené elle aussi des clichés.

Imagine Istanbul |  R. Paul McMillen | Lannoo - Europalia Arts Festival Turkey | Relié sous étui | 23 x 29 cm | 240 pages | 45 € | www.lannoo.be

Imagine Istanbul
Bozar
Bruxelles
Jusqu'au 17 janvier 2016
www.bozar.be
 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.