Jacqy duVal, sacrées couleurs

Muriel de Crayencour
19 septembre 2019

Chez Esther Verhaeghe Art Concepts, la première exposition à Bruxelles des Brugeois Jacqy duVal est soufflante de beauté. Très grands formats ou toutes petites toiles délicatement préservées dans un coffrage transparent, leur peinture absolument abstraite étonne par sa grande modernité.

Jacqueline Dehond (1965) et Koenraad Uyttendaele (1962) forment ensemble le duo d’artistes Jacqy duVal. Tous les deux formés à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers, ils ont travaillé respectivement comme designer et restaurateur d’art. Inspirés par leur connaissance passionnée de l’histoire de l’art, ils travaillent ensemble depuis 2009 sur un corpus de peintures abstraites. Couple à la ville, Jacqueline Dehond et Koenraad Uyttendaele vivent dans une large maison 18e du centre de Bruges que nous avons visitée. C'est toujours un grand plaisir de pouvoir entrer dans le lieu de création des artistes. Leur goût pour la création et les espaces de travail débordent dans toutes les pièces. Dès l'entrée, couleur des murs, verreries, céramiques, peintures miniatures indiennes, textiles... sont associés avec un sens de la couleur et un goût proprement vertigineux. L'antre de ces grands collectionneurs a déjà fait l'objet de reportages dans plusieurs magazines internationaux. 

Les verreries italiennes particulièrement - avec leurs teintes délicates et leur transparence - semblent à la source de leur inspiration pour le subtil travail de coloristes qu'ils font dans leur peinture. 

Dans l'exposition 

Inspirés par un motif géométrique qui couvre les murs et le plafond d’une salle de l’hôpital Saint-Jean de Bruges datant du 16e siècle, Jacqueline Dehond et Koenraad Uyttendaele le déclinent sur des toiles de lin brut. C’est un formidable travail de coloriste, d’une précision et d’une justesse folles, clairement nourri de leur connaissance de l’histoire de l’art et des arts décoratifs.

La composition se fait d’abord sur écran d’ordinateur. Ensuite, des échantillons de couleur sont produits sur papier. Un test grandeur nature est fait en épinglant sur la toile chaque aplat peint sur papier. Et finalement la toile de lin brut est peinte aux pigments et caséine, après avoir été enduite de colle lapin. C’est un processus lent, réfléchi, intense. Les compositions se développent sur de tout petits formats, enfermés dans des boîtes en plexi, comme des petites icônes précieuses, et en de très grandes toiles, majestueuses, à la présence irradiante. D’autres peintures reprennent une forme circulaire légèrement écrasée. C’est le cercle que forment les menhirs de Stonehenge, monument mégalithique composé d'un ensemble de structures circulaires concentriques, érigé entre -2800 et -1100, au Royaume-Uni.

Dans l'espace de la galerie, ils ont réalisé un grand mural autour de la cheminée de marbre noir. Lui faisant face, des petits formats sur toile ovale, un format très difficile à maîtriser : de fines lignes de couleurs différentes s'y déploient comme un tissage textile. Plus loin, une grande peinture avec cette forme géométrique qui se répète, dans un camaïeu de gris. Ici, la nuance et la texture a pris la place de la couleur. En face et au fond, deux grands formats au même motif répété, dans une palette de teintes irradiantes. C'est à la fois classique et ultra actuel. Extrêmement chargé, presque sacré. La recherche sur la couleur - voyez ce rose, ce beige chair, ces bruns... réjouissent l'œil, l'âme et le cœur. La texture de la peinture à la caséine, très mate, ajoute du mystère et de la profondeur. Oui, la peinture existe encore ! Ce qui est actuel, en fait, c'est d'oser plonger profondément dans l'histoire de l'art, d'en ramener des pépites - teintes, techniques, textures, savoir-faire - qui ont retenu le regard des deux artistes. Un regard contemporain.

Jacqy duVal
Esther Verhaeghe Art Concepts
37 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu'au 3 octobre
Du lundi au samedi de 14h30 à 18h30
http://estherverhaeghe.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.